La baisse des impôts n’est plus à l’ordre du jour
Plus question de baisser les impôts : c’est Le Monde qui s’est empressé de diffuser la bonne nouvelle, pour qu’il soit bien dit que Nicolas SARKOZY ne tient pas ses promesses électorales. Le candidat à la Présidence n’avait-il pas promis une baisse importante des impôts : il voulait « rendre aux Français » 68 milliards d’euros au cours de son quinquennat.
Mais cela ne se fera pas. Pourquoi ? Le Monde met en avant deux raisons : d’une part la croissance est trop faible, donc les rentrées fiscales aussi, et il est impossible de baisser les recettes. D’autre part, les déficits publics continuent à être explosifs, et ils ne peuvent être comblés que par des recettes nouvelles : il vaudrait donc mieux augmenter les impôts. Double erreur : d’une part, c’est parce que la croissance est faible qu’il faut baisser les impôts ; d’autre part, pour réduire les déficits, il ne faut pas augmenter les impôts, mais diminuer les dépenses publiques. Et ce n’est pas avec les 7 milliards d’économies d’ici à 2011, annoncées par N. SARKOZY dans le cadre de «130 mesures d’économie », qu’on va régler le problème !
Moins de croissance, plus de déficits
C’était en effet une des principales promesses électorales du candidat SARKOZY. Pour une fois, on semblait avoir compris que cet argent appartenait aux Français, et qu’il ne s’agissait pas de leur « faire des cadeaux », mais de leur rendre leur argent, légitimement gagné.
Certes on a eu droit l’an dernier à une baisse minimale (15 milliards), mal présentée, encore plus mal défendue, mal répartie. En particulier on ne s’est pas attaqué à la progressivité de l’impôt et au taux excessif payé par les contribuables sur les tranches les plus élevées de l’IRPP.– ce qui n’a pas empêché l’opposition, en toute mauvaise foi, de dénoncer le paquet fiscal comme un « cadeau fait aux riches ».
Presque un an plus tard, où en sommes-nous ? La situation économique s’est dégradée au niveau international, mais surtout en France. L’hypothèse de croissance (2,5 %) sur laquelle était bâti le budget 2008 s’est révélée irréaliste : François FILLON a reconnu que l’on serait au mieux entre 1,75% et 2% ; et les prévisions du FMI sont encore plus basses. Moins de croissance, c’est moins de matière imposable, donc moins de recettes fiscales. Les déficits seront donc plus élevés que prévus.
Nicolas SARKOZY s’était engagé auprès de Bruxelles à limiter le déficit à 2,4% du Pib en 2008 ; on sera au moins à 2,7%, proche de la limite fatidique des 3%. L’objectif de rétablir l’équilibre en 2010, comme le souhaitaient nos partenaires, est hors de portée. Même la date de 2012 paraît bien incertaine. Et la dette publique sera plus élevée que prévu. Pendant ce temps, chez la majorité de nos partenaires on est revenu à l’équilibre budgétaire, dès 2007 en Allemagne. Dans plusieurs pays comme l’Espagne ou les Pays-Bas on a des excédents substantiels. Même l’Italie et la Grèce feraient mieux que nous. Commentaire des Echos : « Finances publiques : la France de plus en plus isolée en Europe ».
Il faut baisser les impôts pour stimuler l’offre
Conclusion générale, le « la » étant donné par Le Monde : il est hors de question de baisser les impôts, contrairement aux promesses : il y a pour cela trop peu de croissance et trop de déficits. « L’exercice est devenu impossible ». « La baisse des impôts promise par M. SARKOZY n’aura pas lieu ». Si Le Monde le dit, c’est que c’est vrai. Madame LAGARDE laisse maintenant entendre que ce serait déjà un exploit de stabiliser simplement les prélèvements obligatoires, tandis que des voix s’élèvent pour réclamer une hausse des impôts et cotisations, pour réduire les déficits publics. Tout cela repose sur une double erreur.
La première concerne la croissance. Oui, la croissance française est faible. Raison de plus pour baisser drastiquement les impôts. Si l’on produit trop peu, c’est parce que l’on a détruit les incitations à produire, à créer des richesses : comment être incité à entreprendre, si le taux de l’impôt sur le revenu augmenté de la CSG reprend déjà 50% de ce que l’on gagne ? Comment embaucher, si le poids des cotisations sociales double pratiquement le coût du travail ? Comment dépenser ou épargner, si les prélèvements sociaux amputent gravement nos revenus ?
La France, nous l’avons rappelé la semaine dernière, est pratiquement à 45% du Pib en prélèvements obligatoires, soit plus de 50% du revenu. Nous travaillons pour l’Etat, faut-il le rappeler, du 1er janvier au 16 juillet. Il faut donc réduire les prélèvements en général, réduire puis supprimer la progressivité de l’impôt (flat tax), supprimer les impôts contre productifs, comme l’ISF, etc. C’est la priorité absolue si l’on veut que la croissance reparte, en encourageant l’offre, le travail, l’esprit d’entreprise, l’épargne, l’investissement, etc.
Réduire les dépenses publiques en privatisant
La seconde erreur concerne les finances publiques. Oui, les déficits sont excessifs, oui la dette publique est trop forte. Mais augmenter les impôts ne réduirait en rien les déficits, au contraire, car la croissance serait encore plus faible et les recettes avec. A terme, la baisse des taux d’imposition va accroître la matière imposable et augmenter les recettes. C’est l’effet LAFFER. Mais cela ne suffira pas, surtout à court terme.
Il faut donc, pour réduire dette et déficits, réduire avant tout les dépenses publiques, celles de l’Etat, celles des collectivités locales, celles de la protection sociale. Comment ? Il faut bien payer les salariés qui travaillent pour l’Etat, financer les services publics, garantir la protection sociale des Français. Certes. Mais il n’y a aucune raison que cela passe par des organismes publics et donc par des prélèvements obligatoires. Une grande part de ce que font les fonctionnaires pourrait être assurée (sans perte d’emploi) par le secteur privé, à commencer par l’éducation. Il en va de même pour les dépenses des collectivités locales, surtout si l’on supprimait au moins un échelon administratif. Quant à la protection sociale, l’assurance-maladie comme les retraites pourraient être privatisées et relever d’organismes librement choisis et mis en concurrence.
Nous affirmons donc à nouveau que la baisse des impôts est plus que jamais à l’ordre du jour. Défiscaliser et déréglementer pour doper la croissance, privatiser pour réduire les dépenses publiques, c’est cela la vraie réforme dont l’économie française a besoin. C’est autre chose que les économies de bouts de chandelles qu’on vient de nous proposer.
article extrait du site libres.org





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