DETTE DE LA FRANCE

Le 27/03/2009

La sécu crève le plafond

Dans le domaine de la Sécurité Sociale, la réalité dépasse jour après jour la fiction. Nous n’avons cessé de dire que le bolide était sans frein et sans régulateur (si ce n’est celui de la contrainte étatique, comme on le voit par exemple sur l’activité médicale). Le système des retraites par répartition est condamné à aller de déficit en déficit, jusqu’à la chute finale, puisqu’il est en quelque sorte calqué sur celui de Monsieur Madoff (les nouveaux entrants paient pour les anciens, jusqu’au jour où il n’y a plus de nouveaux…). Celui de l’Assurance-Maladie ressemble au tonneau des danaïdes, puisqu’il n’a pas de régulateur, en raison de l’apparence de gratuité.r

Réforme après réforme, on nous a expliqué que la Sécu était sauvée, mais plus personne n’ose le dire aujourd’hui. Le discours est un ton en dessous : les déficits sont sous contrôle (ils sont « maîtrisés »). Ainsi, en 2008 on avait annoncé qu’après avoir eu 9,5 milliards de déficits en 2007, on allait réduire celui-ci à 7 ou 8. Nous avions protesté contre cette prévision invraisemblable. En décembre, le gouvernement a reconnu qu’il s’était trompé et tablait sur une stabilisation à 9,3 milliards. Trois mois plus tard, on s’aperçoit que ces estimations, pourtant faites pratiquement en fin d’année, étaient fausses et on estime maintenant le déficit 2008 à 11 milliards.

Ce que les gens ont du mal à comprendre, car le terme de déficit est abstrait, c’est que, même avec un déficit, il faut bien que quelqu’un paie les dépenses. Dire qu’il y a déficit signifie qu’elles sont payées à crédit, grâce à des emprunts, qui seront remboursés ultérieurement. Comme il s’agit de dépenses de fonctionnement (remboursement maladie ou retraites), la génération suivante paiera dans dix ou vingt ans, voire plus, les dépenses courantes d’aujourd’hui, lorsque les emprunts devront être remboursés. Un déficit veut donc dire « après nous le déluge », nos enfants paieront la facture.

Mais comme on cherche à mettre un limite à cette dérive (ce qui est par nature impossible), il existe une « autorisation de découvert de la Sécurité Sociale », qui fixe le maximum à ne pas dépasser. Le plafond doit couvrir non seulement le déficit de fin d’année, mais aussi le déficit de trésorerie, souvent momentanément plus élevé, lorsque les dépenses ont lieu plus vite que ne rentrent les recettes. Face à la dérive prévisible en 2009, le gouvernement avait dû faire voter fin 2008, lors de la loi de financement de la Sécurité Sociale, une forte augmentation de l’autorisation de découvert, qui est passée à 18,9 milliards d’euros, chiffre sans précédent.

Trois mois plus tard, patatras, on réalise que 18,9 milliards, c’est trop peu. C’est le découvert nécessaire, compte tenu du décalage de trésorerie, pour un déficit de 10,5 milliards. Or le gouvernement et la Sécurité Sociale viennent de réaliser qu’en 2009, le déficit annuel de la Sécu serait d’au moins 17 ou 18 milliards. Le plafond de découvert ne suffira donc pas, et il va devoir être corrigé avant l’été (on a un peu de temps puisque le déficit de trésorerie serra à son maximum à l’automne), et cela de façon très substantielle. Cela montre bien entendu que l’existence de ce plafond n’empêche aucune dérive, puisqu’un simple décret permet de crever le plafond antérieur. Il sera sans doute de 28 ou 30 milliards !

L’ACOSS (Agence Centrale des Organismes de Sécurité Sociale) peut alors, dans le cadre de ce découvert maximum, chercher les financements dont elle a besoin. Elle émet elle-même des billets de trésorerie sur les marchés financiers. Elle se refinance aussi à des taux artificiels, auprès de la Caisse des dépôts. Celle-ci est riche, mais on finit par se poser des questions : la Caisse utilise notamment les dépôts sur les livrets A. Sommes-nous sûrs qu’ils soient ainsi employés d’une manière optimale ? Ensuite, elle se lance dans des investissements tous azimuts, surtout avec le fonds souverain à la française. On peut se demander si elle pourra éternellement continuer à financer n’importe quoi et n’importe comment.

Si l’on veut conclure d’une manière plus « optimiste », on consolera les inconditionnels de la Sécu monopolistique en précisant qu’un déficit de 18 milliards en 2009, c’est peu de chose par rapport au déficit du budget de l’Etat (104 milliards). On se console comme on peut.

article extrait du site libre.org

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Il y a 2 réactions.


Par réveil, le 29/03/09 à 19:33

la retraite par repartition est moins pire que la capitalisation dont on sait ce qu’il est advient, demandez leur avis aux milliers d’anglais et d’américains qui se retrouvent sur le paille à 80 ans…
je suis la plupart du temps d’accord avec vous mais là vous prêchez de grosses conneries… par contre des gaspillages, je pourrai vous en raconter des tonnes
de grâce si vous vous etre credibles ne racontez pas n’importe quoi

Par Bruno C., le 12/04/09 à 02:00

Pour ce qui est du déficit chronique de la branche maladie de la sécu, il est clair que la part prépondérante des dépenses revient à l’hospitalisation publique, qui n’a jamais eu autant de moyens et de personnel mais se plaint toujours. C’est une bonne méthode, puisque les pouvoirs publics accordent à l’hôpital une autorisation de croissance annuelle des dépenses (ONDAM)toujours supérieure à celle de la médecine de ville et à l’hospitlisation privée.
Pour y voir plus clair, on devrait présenter séparément les résultats des branches privée et publique de notre système de soins.
Quant à ceux qui crient au scandale au sujet de la consultation à 23 euros, il doivent savoir que ce n’est pas un salaire, mais une recette avec laquelle le médecin paie ses charges, ses dépenses de fonctionnement et son personnnel. Les généralistes français sont parmi les moins bien rémunérés d’Europe, travaillent le plus (60H.), se suicident deux fois plus que la population générale.

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