Ces élus condamnés qui se font réelire
Faut-il, pour se faire réélire, avoir été condamné par la justice ? Non, mais cela ne nuit aucunement à la carrière politique.
C’était l’une des idées développées par l’économiste Bertrand Lemennicier dans la monographie qu’il avait écrite l’an dernier pour Contribuables Associés, « Qui est réellement corrompu : l’électeur ou l’homme politique ? ».
Exagération ? Voire. Quelques résultats des dernières élections municipales et cantonales semblent bien lui donner raison.
Patrick Balkany.
Condamné, en mai 1996, à quinze mois de prison avec sursis, 200 000 francs d’amende et deux ans d’inéligibilité, il a été réélu maire, après un intermède de six ans, en 2001, il vient de se faire réélire, au premier tour, avec 51,51 % des voix.
Alain Juppé.
Mis en examen en 1998 pour « abus de confiance, recel d’abus de biens sociaux et prise illégale d’intérêt », condamné en 2004 à quatorze mois de prison avec sursis et un an d’éligibilité, il a été réélu maire de Bordeaux en octobre 2006 dès le premier tour, avec 56,24 % des voix. Il vient d’être réélu, toujours au premier tour, avec 56,62 % des voix.
Henri Emmanuelli.
Condamné pour complicité de trafic d’influence, en 1997, à dix-huit mois de prison avec sursis et deux ans de privation de ses droits civiques, il a été renouvelé à la tête du département des Landes en 2001. CondamnéIl a été réélu, le 9 mars, au premier tour avec 70,38 % des voix.CondamnéCondamné François Bernardini.Condamné Condamné à cinq ans d’inéligibilité en 2002, il vient de se faire élire maire d’Istres (Bouches du – Rhône ) , avec 53,80 % des voix.
Xavier Dugoin.
Condamné en 2002 à un an de prison ferme, alors qu’il était président du conseil général de l’Essonne, il a été élu maire de Mennecy (Essonne) avec 48, 01 % des voix.
Comment expliquer cette mansuétude des électeurs ? Bertrand Lemennicier, dans son étude, rappelle l’hypothèse de deux politologues américains, Peters et Welch, à savoir que les électeurs connaissent parfaitement les qualités et les défauts (y compris la malhonnêteté) de leurs candidats mais ils « vendent » leur vote pour obtenir prébendes, rentes ou privilèges.
Un logement « social » par ci, une subvention à une association par là…
La solution, dans ces conditions, serait de supprimer ces prébendes, ces rentes, ces privilèges.
Quel homme d’État aura le courage de le proposer ?