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Exclusif : un syndicaliste témoigne « les syndicats de la RATP blousent à la fois les salariés et les contribuables ! »

Ancien militant de SUD-RATP, William Voisin s’élève publiquement contre les dérives du syndicalisme à la française. Son « incompréhension » lui a valu d’être exclu par SUD. Témoignage

+ William Voisin, depuis combien de temps vous êtes-vous engagé dans l’action syndicale ?

Après avoir été délégué syndical Autonomes, j’ai fait reconnaître en 2001 le syndicat SUD-RATP, pour la première fois à l’échelon d’un département de la Régie, en l’espèce le département Sécurité. J’y ai défendu à la fois les intérêts du personnel et des usagers, en dénonçant les violences commises par certains agents sur des voyageurs et les conditions dangereuses dans lesquelles la RATP transporte ses clients, en contraignant les chauffeurs de bus à dépasser les limites de vitesse pour respecter les horaires.

+ Vous pouvez donc parler en connaissance de cause du comité d’entreprise de la RATP. Comment est-il financé ?

Aux termes de la loi, l’entreprise doit reverser au comité d’entreprise près de 3 % de sa masse salariale pour financer les activités sociales.
La RATP a mis en place un système décentralisé et répartit ces fonds entre dix comités d’établissement (dits «comités départementaux économiques et professionnels », ou CDEP). Ceux-ci en reversent eux-mêmes une partie au comité d’entreprise central (le « comité Régie entreprise » ou CRE). Le Code du travail prévoit cette possibilité, sous réserve de l’accord unanime des syndicats – qui n’a jamais été obtenu puisque, jusqu’en 2006, SUD n’a jamais été consulté… En dépit de cette irrégularité, la RATP a versé aux CDEP, en 2000-2001, environ 54 millions d’euros, qui auraient intégralement dû financer les œuvres sociales, via le CRE. Au lieu de quoi, les CDEP, qui sont gérés par les syndicats, ont conservé 6 millions d’euros sur cette somme, soi-disant pour financer le fonctionnement de ces mêmes syndicats… Il est permis de s’en étonner, puisque c’est à l’entreprise qu’il appartient légalement de procurer aux syndicats les moyens de fonctionner, ce qu’elle fait en leur fournissant effectivement des locaux, bureaux, téléphones, etc.

+ À quoi servent alors ces six millions d’euros ?

Ils sont répartis entre les dix comités d’établissement, au prorata du nombre de salariés qui en dépendent. L’établissement DSC, par exemple, qui regroupe différents départements de la RATP (sécurité, patrimoine, juridique…), recevait 600 000 euros. J’ai personnellement constaté en 2000 et 2001 – et pour autant que je sache, ces pratiques continuent –que les syndicats CGT et Autonomes, qui dirigent en cogestion le comité d’établissement de DSC, utilisent ces moyens pour « relever » leurs adhérents.

+ En quoi consistent ces relèves ?

Le Code du travail prévoit que les élus du comité d’établissement disposent d’un certain nombre d’heures de délégation (20 heures pour ceux de DSC). Ces «relèves», codées 090, sont payées par les CDEP. En théorie, il faut être élu ou membre d’une commission du CDEP pour en bénéficier. Dans les faits, ce n’est pas le cas: les syndicats relèvent à volonté leurs adhérents, élus ou pas. Ces pratiques, portent sur des dizaines de milliers d’euros, et constituent au moins un abus de confiance, car ces fonds ne sont pas utilisés à bon escient. Les syndicats courtisent ainsi leurs adhérents…

+ Il existe par ailleurs des « chèques-relève ». De quoi s’agit-il ?

C’est un autre procédé utilisé pour financer les syndicats. La RATP a instauré en 2001 un protocole d’accord sur le dialogue social et le droit syndical, qui leur alloue, au prorata des résultats obtenus aux élections professionnelles, un certain nombre de moyens pour leur permettre de fonctionner. Ces moyens ont représenté en 2005, pour le seul syndicat SUD, une valeur de 750000 euros, notamment octroyés sous forme de « chèques-relève ».
Si le syndicat n’a pas utilisé ces chèques-relève à la fin de l’année, il les restitue à la Régie, qui lui verse alors une somme correspondante en numéraire, dont il dispose à son gré. Depuis la mise en place de ce protocole, l’astuce consiste donc, pour les syndicats, à conserver les chèques-relève pour obtenir le plus d’argent possible à la fin de l’année. On détourne ainsi ces moyens de leur finalité première.

+ La RATP est-elle consciente de ces abus ?

La Régie sait parfaitement à quoi s’en tenir et achète par ce biais la paix sociale. Depuis la signature du protocole, le nombre des préavis de grève a chuté significativement. Ce n’est pas un hasard. J’ai dénoncé ces anomalies en 2001, mais ça n’a rien changé. Je m’apprêtais donc à déposer une plainte, à titre syndical, lorsque je me suis fait virer de SUD. Faut-il y chercher un rapport de cause à effet ?…

+ Qui fait les frais de ces dérives ?

On blouse à la fois le personnel, en détournant une partie de l’argent des œuvres sociales, et le contribuable, qui paye une grosse partie de la masse salariale en finançant le Syndicat des transport d’Île-de-France (STIF). De telles pratiques portent également tort à l’action syndicale. Si l’on essaie de me faire taire aujourd’hui, c’est parce que je l’ai constaté et dénoncé. Cela me vaut l’animosité, non seulement de mon employeur, mais aussi des syndicats – y compris de SUD, qui m’a exclu sans avertissement ainsi que cinq délégués du département Sécurité, qui m’ont suivi parce qu’ils me savent honnête.

Article extrait du Cri du Contribuable numéro 18

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