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Sarkozy : l’erreur historique

Thème(s) : Livres - Sarkozy
Notes de lecture

C’est sans doute un livre appelé à faire date que vient de publier Jean Peyrelevade, l’ancien patron du Crédit lyonnais (et proche de François Bayrou). Sous une forme synthétique (200 pages tout rond), il réunit l’ensemble des critiques que l’on peut faire de l’action de Nicolas Sarkozy depuis qu’il est au pouvoir.

Critiques que l’on peut résumer en une seule : c’est une « fausse rupture » qu’a entamée le chef de l’État, en ce sens que la France n’en a pas terminé avec les éléments principaux de son marasme.
En témoignent les « déficits jumeaux » des finances publiques et du commerce extérieur, qui sont actuellement presque au même niveau, en pourcentage du PIB, qu’en 1981.

Et les réformes que l’on met en oeuvre – et en scène – relèvent plus de la poudre aux yeux que de véritable action politique :
voyez en particulier l’ISF et les trente-cinq heures, que l’on détricote petit à petit mais que l’on a pas eu le courage de supprimer vraiment.
L’équipe au pouvoir finira-t-elle par l’avoir, ce courage ? J

Jean Peyrelevade raconte, avec une certaine verve, un dîner avec Raymond Barre. Il lui pose la question :
« Mais enfin, Monsieur, combien de temps la France va-t-elle continuer à s’enfoncer sans réagir ? ». Réponse de l’ancien premier ministre :
« Les Français se réveilleront quand ils constateront une baisse de leur pouvoir d’achat ».
« J’avoue ne pas avoir très bien compris, sur le champ, le sens de cette affirmation, ajoute Peyrelevade. Après quelques mois de présidence Sarkozy, j’en admire la prescience ».

On pourra reprocher à l’auteur de personnaliser un peu trop son analyse. Le portrait qu’il brosse de Nicolas Sarkozy n’est pas encourageant :
« Cet homme, agissant dans une sorte d’urgence perpétuelle, écrase le temps, et d’abord celui de l’effort. Plongé dans l’immédiateté, épousant tous les plis du terrain dans une sorte de vibration permanente, il veut convaincre les Français que chaque réforme leur amènera dans l’instant quelque avantage : l’économie, selon son expression, ne saurait être “sacrificielle” [...] La difficulté est aujourd’hui que le capitaine tout-puissant de l’équipe au pouvoir est en matière économique un amateur qui croit être pro.

Peut-il être touché par la grâce ? Je ne le pense pas. Rien ne peut se faire sans son assentiment.
Changer de schéma impliquerait qu’il reconnaisse son erreur initiale.
Je le crois trop sûr de lui et de son jugement, trop ignorant de l’intelligence d’autrui dès lors qu’elle ne rencontre pas ses vues pour admettre qu’il ait pu gravement se tromper. »
La charge est forte, mais n’est ce pas la rançon de la présence d’un président qui veut être sur tous les fronts ?

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