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« Refondation du capitalisme » : le boomerang du G20

Thème(s) : comparaison internationale

Le sommet mondial (G20) réuni à Washington à la demande de Nicolas Sarkozy n’a pas vraiment répondu aux attentes de son promoteur.

Ce sommet devait mettre en accusation les États-Unis (“la crise est mondiale, mais on sait très bien d’où elle est partie”) et « refonder le capitalisme »,
notamment en mettant un terme aux paradis fiscaux, en revoyant les parités monétaires des grandes monnaies, en supprimant ou nationalisant les agences de notation, en revoyant la rémunération des opérateurs financiers.

Le communiqué final ne met pas en cause les États-Unis. Il n’y est pas question des crédits hypothécaires subprime qui sont à l’origine de la crise, ni des deux organismes semi-publics américains qui les ont développés de façon exagérée (Fannie Mae et Freddie Mac), ni de la loi américaine de décembre 2000 qui a favorisé le développement de « produits dérivés » sans aucune surveillance, ni du laxisme de la Banque centrale américaine qui a créé les conditions d’une bulle.

Tout au plus y décriton en termes vagues les « politiques macroéconomiques incohérentes » de certains « pays avancés ».

Il n’est pas question de supprimer les paradis fiscaux. Seules sont envisagées « à moyen terme » des « mesures de protection contre les risques financiers illicites issus de juridictions non coopératives ».

Aucune mention n’est faite des parités monétaires.

Les agences de notation devront être enregistrées, ce qui ne devrait pas trop les émouvoir.

Pour la rémunération des financiers, « il convient d’agir par des efforts volontaires ou par la réglementation pour éviter les structures de rémunérations qui récompensent les rendements excessifs à court terme ».
Les « efforts volontaires » risquent d’être limités.

En revanche le sommet a beaucoup insisté sur la nécessité de refuser le protectionnisme.

Cette préoccupation est d’ailleurs justifiée, si l’on se souvient que la crise de 1929 a été fortement aggravée par les mesures protectionnistes prises à l’époque par de nombreux pays.

La seule décision à appliquer rapidement est de « parvenir cette année » (c’est-à-dire d’ici un mois !) « à un accord sur des modalités conduisant à la conclusion » des négociations de l’OMC sur la libération des échanges.

Ces négociations ont échoué en juillet 2008 parce que les États-Unis et l’Europe refusaient de diminuer leurs subventions à l’agriculture, empêchant ainsi les pays moins développés d’accroître leurs exportations agricoles.

George Bush, en fin de mandat, aura peut-être plus de liberté pour baisser les subventions agricoles américaines. En Europe, malgré la pression de la majorité des autres pays européens, la France s’est toujours opposée à une baisse substantielle des subventions européennes à l’agriculture.

Il n’est pas certain qu’en moins d’un mois notre pays modifie sa position sur ces subventions. Il empêcherait alors la conclusion des négociations de l’OMC.

Le communiqué ajoute : « Dans les douze mois à venir, nous nous abstiendrons d’ériger de nouvelles barrières à l’investissement »,
ce qui aurait dû obliger Nicolas Sarkozy à renoncer à créer une société publique s’opposant à la prise de contrôle d’entreprises françaises par des fonds étrangers.

Ainsi un sommet qui devait condamner les États-Unis et le capitalisme va-t-il sans doute dans quelques semaines aboutir à la condamnation par toute la planète de la France, de son étatisme économique et de son protectionnisme agricole. L’arroseur aura été arrosé.

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Nicolas Sarkozy et George Bush lors du G20. AFP/Jim Watson

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