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Nouvelle-Zélande : les huit commandements de la réformeThème(s) : comparaison internationale
Dossier : Les solutions Attali
Les leçons que nous avons tirées de la réforme structurelle mise en oeuvre en Nouvelle-Zélande à partir de 1984 sont claires. La réussite de la réforme structurelle obéit à quelques principes fondamentaux. – Il faut tout d’abord des personnes de qualité, compétentes, ayant une capacité d’analyse de l’existant et de l’avenir. Peu importe si la personne qui travaille pour vous a voté pour vous, c’est sa compétence, son efficacité qui rejaillit sur vous. – Deuxièmement, toute réforme structurelle doit être mise en place de façon globale : il faut des vastes programmes, pas une série de « mesurettes » qui n’ont rien à voir les unes avec les autres. Les programmes d’ampleur permettent de démontrer que les améliorations compensent largement les inconvénients. Dans mon premier budget j’ai augmenté les coûts des transports par camion de 45 %, le prix de l’électricité d’environ 20 %, j’ai supprimé une très forte proportion de subventions agricoles et d’incitations aux importations mais au final les agriculteurs, par exemple, se sentaient gagnants parce que tout le monde avait perdu des subventions. – Troisième principe : la vitesse d’exécution. En matière de réforme structurelle, on ne va jamais trop vite. Il faut certes payer les coûts d’emblée, mais les améliorations ne se font sentir qu’ultérieurement. Si l’on n’agit pas vite, le consensus ne pourra jamais naître. À cet égard, il faut savoir que les groupes d’intérêt sous-estiment leur capacité à s’adapter à un environnement dans lequel le gouvernement supprime rapidement et globalement les privilèges. Nous avons retiré aux agriculteurs un tiers de leurs revenus, mais au cours de la même période le dollar néo-zélandais est passé de 0,40 à près de 0,70 par rapport au dollar américain. Au bout du compte, les agriculteurs ont survécu bien que les prix aient baissé de 50 %. C’est l’incertitude, pas la vitesse, qui tue les chances de succès de la réforme structurelle. – Quatrième principe : garder le rythme. Il faut persévérer. Nous avons ouvert le système des licences de taxi en Nouvelle-Zélande. Nous avons réformé les chemins de fer, les ports et le secteur des télécommunications. Avant la réforme, les chemins de fer comptaient 20 000 salariés. Cinq ou six ans plus tard, nous avons ramené ce nombre à 5 000 salariés, et le fret avait augmenté. Il en est allé de même pour les ports et les télécommunications. – Cinquième principe, la règle des 3 C : constance , crédibilité, confiance. La constance dans la mise en oeuvre est nécessaire. En effet, si vous êtes inconstant, les gens s’en apercevront, alors qu’une constance réelle et affichée génère la crédibilité et cette dernière est gage de confiance. La crédibilité est essentielle pour mener à bien une réforme structurelle. Dire une chose et faire son contraire peut coûter très cher. Une fois perdue, la crédibilité est très difficile à recouvrer. – Sixième principe : « Montrer le lapin au chien. » Autrement dit le pays ne pourra pas coopérer s’il ne voit pas les objectifs que vous fixez. Il faut expliquer le pourquoi et le comment des objectifs pour que les gens y adhèrent. Par exemple, lorsque nous avons décidé de baisser les droits de douane, toute la population a su où nous voulions arriver en l’espace de quatre ans. Elle a compris à l’avance que nous voulions passer de 100 à 10 et qu’il fallait s’adapter au cours de cette période. – Septième principe : ne jamais décevoir. Si un problème survient, il faut l’expliquer aux gens : comment il est survenu, en quoi il est dommageable à leur situation, ce que vous entendez faire pour l’enrayer. Il faut expliquer les avantages et le coût de la réforme que vous voulez mettre en oeuvre. Si nous ne l’avions pas fait en Nouvelle- Zélande, nous n’aurions pas pu réduire le nombre de salariés des chemins de fer de 20 000 à 5 000. – Huitième principe : ne pas douter. La confiance de la population dépend en grande partie de votre attitude. Une réforme d’ampleur nécessite un profond changement de l’état d’esprit général. Dans ces circonstances, les gens sont extrêmement sensibles aux moindres doutes que trahiraient les responsables politiques. Le doute et l’incertitude ne sont pas de mise. Si vous ne doutez pas de la qualité des décisions que vous prenez, cela se verra lorsque vous parlerez en public ou à la télévision. On me demande souvent comment, en tant que ministre travailliste, j’ai réussi à mener une réforme structurelle en Nouvelle-Zélande. Je réponds : « C’est simple, il faut abolir les privilèges, tous les privilèges. » 1 Commentaire(s) - Editer cet article |
Jean-Michel Fourgous, député maire d’Élancourt, et Roger
Douglas, ancien premier ministre de Nouvelle-Zélande. Editer cet article
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