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Mart Laar : Il faut proposer un programme global, non des mesures éparses

Thème(s) : comparaison internationale
Dossier : Les solutions Attali

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Je ne suis pas économiste, mais historien. Quand j’ai été nommé au poste de premier ministre, j’ai choisi d’analyser ce qui avait fonctionné ailleurs. La Nouvelle- Zélande, notamment, m’a beaucoup inspiré (voir "Nouvelle-Zélande : les huit commandements de la réforme"). Le partage d’expérience est fondamental !

La première mesure que j’ai mise en place concernait les droits de douane, notamment sur les produits agricoles.
Cela n’a pas été facile, mais aujourd’hui notre agriculture est devenue particulièrement compétitive.

L’objectif de toute réforme doit être de rendre l’économie de son pays plus compétitive :
que l’on soit de gauche ou de droite, c’est la même chose pour tout le monde.

Le courage politique est un élément essentiel à la réussite d’une réforme :
il faut oser affronter l’insatisfaction et ne pas se laisser gagner par les conflits d’intérêts. Une réforme ambitieuse peut faire peur, mais il faut se sentir encouragé par d’autres qui ont réussi ailleurs, comme en Nouvelle-Zélande.

Lorsqu’en 1994 j’ai instauré l’impôt proportionnel (flat tax), certains ont prétendu que c’était insensé. Mais la mesure fut couronnée de succès, et elle a donné des idées à nos voisins :
la Lettonie et la Lituanie.
Les mêmes esprits chagrins ont alors prétendu qu’il s’agissait d’une particularité des pays baltes, que ça ne pouvait pas marcher ailleurs…

Jusqu’au jour où la Slovaquie a fait la même chose, avec un immense succès. On nous a alors expliqué que l’impôt progressif ne pouvait s’appliquer qu’aux petits pays…

Jusqu’au jour où la Roumanie, qui n’est pas un petit pays, l’a adopté.
Puis on nous a dit que cette mesure n’était possible que dans des pays peu développés, voire pauvres, où l’administration fiscale est rudimentaire ; et ce fut au tour de l’Islande de faire de même et, que je sache, l’Islande est un pays particulièrement riche et développé.

Bref, les arguments se sont épuisés et le seul qui reste est celui de la difficulté politique liée à une telle réforme.
D’où l’importance du courage !

Par ailleurs, il est important de proposer un programme global, et non des mesures éparses.
C’est un peu comme couper la queue d’un chien : il vaut mieux le faire en une seule fois que petit bout par petit bout !

Tout en faisant preuve de pédagogie, en expliquant les raisons et les modalités des mesures engagées, afin que la population comprenne et adhère à la réforme.

À cause de la crise internationale, nous sommes repassés d’une croissance de 12 % à environ 5 %.
Ce qui n’est pas plus mal, parce que nous étions en surchauffe.
Les fonds souverains, qui ont un grand pouvoir et une portée internationale, sont comme des loups dans la forêt qui s’attaquent aux proies les plus faibles : ce sont les économies le plus fragiles qui sont menacées.
D’où l’importance de mener des réformes qui permettront de consolider l’économie de son pays.

Une situation de crise économique constitue le meilleur moment pour lancer une réforme, parce que tout le monde comprend à quel point il est nécessaire et urgent d’agir !


...............................

Qui est Mart Laar ?

Député, chef de la coalition conservatrice Union Pro Patria et Res Publica, ancien premier ministre d’Estonie, il est le premier en Europe à avoir institué l’impôt proportionnel (la flat tax) de 26 % sur le revenu.
Nommé premier ministre en 1992, il a d’abord mis en oeuvre un programme de déréglementation et de suppression des barrières douanières (1992 à 1994), puis de baisse des dépenses publiques (de 1999 à 2000), afin de dégager l’Estonie de la crise causée par sa dépendance vis-à-vis du marché russe.
De nombreux pays ont, à sa suite, mis en place la flat tax, sur laquelle il fait aujourd’hui de nombreuses conférences.

En 2006, il a aidé le président géorgien à mettre en oeuvre des réformes économiques radicales.
En plus d’avoir rédigé un livre sur le sujet (« Le miracle économique estonien », 2003), Mart Laar donne des conférences à travers le monde, témoignant du succès de la flat tax et présentant ses idées sur les réformes économiques.

C’est grâce à l’initiative de l’Institut Turgot, qui a invité Mart Laar et Roger Douglas en France, que Contribuables Associés a pu faire profiter les parlementaires de leur expérience. La veille de notre réunion, le think tank avait décerné le prix de la Liberté aux anciens ministres estonien et néozélandais, ainsi qu’à l’ex-premier ministre Édouard Balladur.

Blog de Mart Laar : http://blog.irl.ee/Mart/

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pixel Maart Laar, le 8 avril au Palais-Bourbon. À sa droite, Lionnel Luca, député des Alpes-Maritimes.
Maart Laar, le 8 avril au Palais-Bourbon. À sa droite, Lionnel Luca, député des Alpes-Maritimes.

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