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Comment l’Europe met fin au monopole postal. EntretienDossier : Combien coûte l’Europe
Le Cri n°52, du 28 juin 2008
- Charles-Henri d’Andigné
Guillaume Vuillemey est l’auteur d’une étude pour l’institut économique Molinari : « Les menaces pesant sur l’ouverture postale en Europe ». En ce qui concerne La Poste, les télécoms, les transports, l’énergie, l’Europe n’a-t-elle pas un rôle bénéfique de destruction de monopoles nationaux, qui sans elle n’aurait jamais eu lieu ? Si, Bruxelles a impulsé plusieurs libéralisations, que ce soit dans le secteur postal, les télécoms ou l’énergie. Mais ce sont là des tendances mondiales. On les retrouve dans beaucoup de pays qui ne font pas partie de l’Union européenne, Norvège ou Suisse. Par ailleurs, la politique de la Commission censée favoriser la concurrence ne donne pas les résultats escomptés dans la mesure où elle a une définition totalement erronée de la concurrence. Ceci la pousse à condamner des entreprises comme Microsof pour de mauvais motifs. Et elle ne réagit pas lorsque l’Allemagne, hier, la Belgique et la France demain, prennent des dispositions « sociales », à visées anti-concurrentielles. Quelle définition de la concurrence Bruxelles prône-t-elle ? Bruxelles raisonne en termes de parts de marché. Dès qu’une entreprise a trop de parts de marché, le Commission considère qu’elle est dominante ou monopolistique. Alors que la vraie concurrence se définit par la liberté d’entrer sur un marché. Si une entreprise a une position majoritaire sur le marché en proposant des services de façon libre, cela ne devrait pas poser de problème. La distorsion de concurrence commence quand on empêche une entreprise d’entrer sur un marché. Par exemple quand on met des barrières légales à l’entrée d’un marché, ce que font tous les monopoles publics ; ou, de façon plus subreptice, quand le gouvernement allemand, sous la pression des syndicats, instaure un salaire minimum bien plus élevé que tous les salaires pratiqués dans le secteur postal, et ce pour protéger Deutsche Post. Chaque pays développe une stratégie qui lui est propre pour maintenir son monopole ? Certains le font. Tout dépend du poids de l’ancien monopole. En Belgique, le président de la Poste demande l’interdiction pour les entreprises postales de recourir à des travailleurs indépendants. En gros, un statut de postier commun à toutes les entreprises. De même, avec l’ouverture totale à la concurrence en 2011, il est à craindre qu’en France des normes restrictives soient imposées. N’a-t-on pas besoin de normes sociales ? Tout contrat de travail comporte des règles de temps de travail, de temps de congés. Nous ne sommes pas opposés aux normes sociales. Simplement elles doivent être contractuelles, donc choisies de manière négociée entre l’employeur et l’employé. Par ailleurs beaucoup d’entreprises ont des normes qui leur sont propres. L’imposition de normes par le haut n’est pas une mesure efficace. Les postiers disent que La Poste doit conserver un monopole dans la mesure où elle joue un rôle d’aménagement du territoire. Qu’en pensez-vous ? Il faut tout de même souligner que la Poste elle-même, encore en situation monopolistique, ferme déjà certains de ses bureaux, notamment en zone rurale. Ensuite, d’autres solutions existent : installer un point poste chez l’épicier ou le buraliste. Autre argument : la desserte en courrier des régions rurales isolées. Un système entièrement concurrentiel peut-il y faire face ? Dans l’ouverture prévue en Europe par Bruxelles, il y a une obligation de service universel. À chaque État membre d’en fixer les modalités : soit tous les opérateurs l’assurent, soit cette tâche sera dévolue à l’opérateur historique, avec une taxe prélevée sur les concurrents à titre de compensation. On peut donc poser la question de la mise en concurrence sans remettre en question le service universel. Que peut-on attendre d’une libéralisation ? Baisse des prix ou vérité des prix ? Beaucoup craignent une hausse des prix. L’expérience montre que la libéralisation ne provoque pas de hausse des prix. En Suède où la poste a été libéralisée en 1993, les prix sont restés dans la moyenne européenne, alors que la qualité s’améliorait sensiblement. La libéralisation en Nouvelle- Zélande s’est traduite par des baisses de prix. Une libéralisation peut entraîner une hausse apparente des prix, quand les anciens prix sont subventionnés, donc soutenus par l’impôt. Dans un système de vérité des prix, les prix peuvent monter, mais cela laisse des marges pour baisser les impôts. Voir aussi : 0 Commentaire(s) - Editer cet article |
Guillaume Vuillemey, chercheur à l’Institut économique Molinari Editer cet article
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Combien coûte l’Europe
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