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Nicolas Sarkozy est-il réformateur ?

Nicolas Sarkozy a prononcé à Agen le 22 juin un important discours-programme, qui annonce les thèmes de sa campagne électorale présidentielle.

Il s’est adressé en priorité à la majorité des Français, « la France qui n’est pas dans la précarité, qui se lève tôt, qui travaille dur ». Il lui a dit qu’il était prêt à réhabiliter le travail, l’effort, le mérite, et que la « France nouvelle » ne serait plus celle où « l’on ponctionne les classes moyennes soi-disant pour aider les pauvres ».
Il veut donc qu’il n’y ait plus d’ « assistance sans contrepartie » et « d’excuses aux voyous ». Il veut une « diminution des charges qui pénalisent le travail », « ralentir l’immense pompe aspirante de la redistribution », et « que chacun soit libre de choisir son rythme de travail ». On ne peut qu’approuver ces objectifs.
I
l veut aussi, et surtout, « une politique économique qui tende au plein emploi ». Objectif également louable. Mais comment ?
Bien qu’il annonce, sans en donner la moindre mesure d’application, que « la France a aussi besoin de maîtriser sa dépense publique », il n’envisage pas en réalité de réduire les dépenses publiques, car il faut « se donner des marges pour l’investissement et l’innovation ». Il affirme même, sans chercher à la prouver, « cette simple vérité que  ce n’est pas le déficit qui crée le chômage ». La dette ne sera remboursée « que par  la croissance ». Il avance curieusement, de façon alambiquée (rédaction d’un énarque ?), que « faire semblant de croire que l’on peut réformer quand l’économie stagne …c’est se condamner à ne jamais réformer ». Traduction : l’économie n’étant pas en croissance, il n’est pas actuellement possible de réformer ; augmentons les dépenses publiques et les déficits, et la croissance repartira, ce qui nous permettra de réformer.

La réforme n’est donc pas pour le début de la législature, puisqu’il faudra attendre la croissance. Nicolas Sarkozy ne mentionne d’ailleurs plus la « revue des programmes » qui, dans le programme économique de l’UMP annoncé il y a 10 mois, était le moyen privilégié pour diminuer les dépenses publiques. Il ne parle plus de la loi sur le « service minimum » qui figurait aussi dans ce programme, seul moyen d’empêcher les syndicats du secteur public de bloquer les réformes et les diminutions de dépenses publiques. Il se contente d’annoncer qu’en cas de grève serait organisé un vote à bulletin secret « dans les 8 jours qui suivront tout déclenchement de mouvement social ». On ne voit pas en quoi ce vote pourrait gêner les syndicats, qui pourront toujours multiplier les grèves courtes. Un vote avant tout déclenchement serait autrement plus efficace.
Cette relance de l’économie par la dépense publique est finalement très proche de celle des socialistes, qui comptent eux aussi financer leurs nouvelles dépenses sociales par une croissance supposée provoquée par ces dépenses.
Cette conception de l’économie n’a rien à voir avec celle des dirigeants politiques du Canada, de la Suède, des Pays-Bas, de l’Espagne, de l’Australie, de la Nouvelle-Zélande, de  l’Irlande, de la Finlande, du Luxembourg et de l’Autriche, qui ont réduit massivement le chômage dans leur pays. Ils ne se sont pas dit : relançons l’économie avant de réformer. Au contraire, ils ont commencé par réduire les dépenses publiques, ce qui a ramené la croissance et le plein emploi. La réforme a précédé la croissance, et non l’inverse.

Pour Nicolas Sarkozy, la cause principale du chômage actuel dans notre pays  serait « la réévaluation de l’euro » causée par la politique restrictive de la Banque centrale européenne. Il veut donc « un véritable gouvernement économique de la zone euro ». « Demandez-vous pourquoi les pays européens qui enregistrent les meilleures performances… comme le Danemark, la Suède ou l’Angleterre sont en dehors de l’euro ». Aurait-il oublié l’Espagne, l’Irlande, la Finlande, les Pays-Bas, le Luxembourg, l’Autriche, qui eux sont dans l’euro, et n’ont pas eu besoin pour se réformer d’un gouvernement économique européen ? En réalité, cette demande d’un gouvernement économique européen, qui n’a guère de chance d’être acceptée par nos partenaires, et certainement pas dans des délais rapides, n’est qu’un prétexte pour retarder les réformes à faire dans notre pays.

Quand Nicolas Sarkozy s’attaque au « dumping fiscal » dont seraient coupables les pays de l’Est européen qui baissent leurs impôts, quand il défend la préférence communautaire, c’est-à-dire les protections multiples dont s’entoure l’Europe, au détriment des pays en développement, quand il demande une relance de la politique industrielle, quand il menace de « tolérance double zéro » les « patrons-voyous » qui délocalisent leur production, il confirme les tendances étatistes dont il avait fait preuve comme ministre des Finances.
Après 25 ans de pratique de l’étatisme chiraquien, Nicolas Sarkozy est-il partisan de la « rupture »  avec le chiraquisme ? On peut de plus en plus en douter.

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