l’OCDE « conseille » les candidats aux présidentielles
Bien entendu, l’OCDE n’entend pas se mêler de la campagne électorale française. Mais, à deux mois du premier tour, toute prise de position peut être interprétée ainsi. Certes, le rapport de l’OCDE sur les réformes structurelles (« Objectif, croissance ») porte sur les 30 pays développés membres de cette organisation. Mais en soi, parler de réformes structurelles, c’est déjà répondre à tous ceux qui ne voient de salut que dans la politique conjoncturelle et dans la relance keynésienne de la croissance (d’autant plus que la croissance française en 2006 s’est révélée l’une des plus lentes de la zone euro, avec 2% seulement : nous voilà avant derniers !). C’est de profondes réformes de structures dont nos économies ont besoin, pas d’artifices conjoncturels.
Mais l’OCDE est allée plus loin (même si elle reste prudente et montre que les bons résultats économiques sont obtenus certes aux Etats-Unis, mais aussi dans les pays nordiques de l’Europe, de tradition social-démocrate. Mais il est vrai que ces derniers ont fortement réformé leur Etat-providence). Thème général : la source de la prospérité, c’est la concurrence, et cela aussi bien sur le marché des produits que sur le marché du travail.
C’est à propos de ce dernier que les critiques de l’OCDE et les mises en garde contre la France, visée spécifiquement, ont été les plus vives. L’économiste en chef de l’OCDE, Jean-Philippe COTIS, précise : « La France a une mauvaise doctrine d’emploi pour la main d’œuvre non qualifiée. Les trois instruments que sont le salaire minimum, les abaissements de charges et la prime pour l’emploi ont été utilisés pour augmenter le pouvoir d’achat et non pour créer des emplois ». Résultat : la France a « le coût de main d’œuvre peu qualifiée le plus élevé de tous les pays ».
En particulier, pour le coût minimum du travail exprimé en pourcentage du coût du travail de l’ouvrier médian, la France est au dessus de 50%, alors que les quinze sont près de 40%, le Japon et les Etats-Unis à 30%. La hiérarchie des salaires est totalement écrasée. Il est donc indispensable, pour l’OCDE, de « limiter la hausse future du salaire minimum » si l’on veut lutter contre le chômage : on est loin de la proposition de Ségolène ROYAL (une des fameuses 100 propositions) d’augmenter massivement (de 20%) le SMIC pour le faire passer à 1.500 euros (1254 euros nets). Comme l’OCDE reste un organisme très prudent, compte tenu de la diversité de ses membres, elle n’ose pas proposer la suppression du SMIC, mais son avertissement a le mérite de la clarté.
Certes, Ségolène ROYAL, et, a fortiori l’extrême-gauche (dont les divers candidats proposent eux carrément 1.500 euros nets pour le SMIC et non brut) vont expliquer que l’OCDE est une officine ultralibérale, comme ils le disent de l’OMC (présidée, soit dit en passant, par un membre du parti socialiste), mais personne de sérieux ne les croira. D’ailleurs, l’OCDE ne parle que d’un « salaire minimum qui croît un peu moins vite que le salaire moyen », alors qu’il nous semble nécessaire d’aller plus loin et d’envisager la suppression du SMIC, au moins au niveau national (on peut imaginer comme en Allemagne des minima par branche, négociés par les partenaires sociaux ; on peut, mieux encore, laisser fonctionner le marché).
D’autre part, en ce qui concerne les charges, l’OCDE propose de les diminuer pour « réduire le coût du travail peu qualifié afin d’améliorer l’emploi ». Là encore, c’est bien vu, mais insuffisant : ce que l’OCDE ne dit pas, c’est que pour diminuer durablement les charges, il faut réformer la protection sociale et l’ouvrir à la concurrence.
Tandis que les socialistes crient à l’ingérence, nous serions plutôt tentés de conclure à la trop grande prudence. Toutefois, le fait qu’un organisme aussi prudent que l’OCDE rappelle ces vérités premières apporte un peu d’air frais dans cette campagne marquée par les surenchères démagogiques. On retiendra aussi au passage que l’OCDE rappelle la sous-utilisation des ressources en main d’œuvre, à l’origine du décrochage du PIB français. En clair : les 35 heures, les retraites à 60 ans, et toutes les rigidités de ce type expliquent que nous soyons à la traine. Si l’on veut produire plus (et créer plus d’emplois), il faut travailler plus. Et ne pas décourager l’embauche en rendant quasi-impossible les licenciements.
Tribune extraite du site Libres.org







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