HLM: les vrais bénéficiaires
La France dépense en crédits publics pour le logement social plus que tous les autres pays européens : deux fois plus que le suivant, la Finlande.
Pour de piètres résultats. Environ la moitié des logements sociaux ont été construits dans les banlieues, sous forme de barres ou de tours. Mal conçus et mal entretenus, beaucoup d’entre eux doivent être démolis : 40 000 démolitions sont prévues par an.
L’autre moitié est constituée d’immeubles plus petits, ou de maisons individuelles, mieux situés. Il y en a 757 à Neuilly, 213 000 à Paris. Leurs loyers sont très inférieurs à ceux du secteur privé. Leurs bénéficiaires les gardent donc le plus longtemps possible, en moyenne vingt ans. Ils ne signent pas de bail, et ont droit au maintien dans les lieux, et leurs enfants aussi.
La situation de ces locataires change : les revenus augmentent, des enfants naissent, d’autres s’en vont. Quand la place manque, le locataire demande une HLM plus grande. Mais quand à l’inverse il devrait partir, l’organisme HLM le garde. Les départs étant peu fréquents, et l’avantage de loyer considérable, les files d’attente pour les HLM bien placées sont longues : à Paris l’attente est en moyenne de cinq ans. Les attributions dépendent en principe de commissions d’attribution. Mais, d’après le dernier rapport de la Mission interministérielle d’inspection du logement social, 50 % des organismes ne respectent pas les règles d’attribution 20 % les attribuent en dehors des commissions d’attribution, et 20 % à des personnes aux ressources supérieures aux plafonds.
En juin 1995, le Canard enchaîné publia un document de la ville de Paris, signé d’Alain Juppé, ordonnant à ses services de diminuer de 1 000 francs par mois le loyer de son fils. Il considérait en effet, comme beaucoup d’élus, que la gestion des logements sociaux faisait partie de ses pouvoirs.
Le pouvoir d’attribution des élus est toutefois limité par celui des préfets, qui disposent d’un contingent spécial réservé aux fonctionnaires.
Quand ils ne sont pas logés dans l’un des 200 000 logements de fonction affectés à des fonctionnaires, ceux-ci ont donc plus de chances que les autres salariés de bénéficier d’une HLM. Le ministre de la Fonction publique, annonçant le 17 janvier les hausses de salaires des fonctionnaires pour 2007, a d’ailleurs bien précisé que le nombre de leurs HLM serait augmenté. Le pouvoir des élus est également limité par celui des dirigeants des organismes HLM, qui souhaitent limiter les impayés, et préfèrent des locataires aux revenus stables, par exemple des fonctionnaires. Les salariés des grandes entreprises qui financent le « 1 % logement » ont aussi une priorité. Les salariés des PME, dont les salaires sont les plus bas, sont donc ceux qui ont le moins de chances d’une attribution. Ainsi l’attribution des HLM les mieux placées va-t-elle aux plus pistonnés, qui sont rarement les plus pauvres.
La proportion de locataires à revenus moyens (15 à 26,5 K €/an) est ainsi plus forte dans les HLM (37 %) que chez les locataires du parc privé (30 %). En revanche les locataires à très bas revenus (moins de 8,4 K€ /an) sont plus nombreux dans le secteur privé : 15 %, contre 12 % dans les HLM. Moins du tiers des pauvres sont logés dans des HLM. Les HLM ne sont donc pas, pour une grande partie d’entre eux, des cadeaux aux pauvres.
Article extrait du Cri du Contribuable 20







Réagissez à cet article
Vous devez être identifié pour publier un commentaire.