Les combines des syndicats pour se financer
Erwan Seznec est l’auteur de « Syndicats, grands discours et petites combines » (Hachette), qui dénonce crûment les dérives d’un système à bout de souffle : versements d’argent liquide, détournements, emplois fictifs, etc.
Que vous inspire l’affaire Gautier-Sauvagnac * ?
Tout le monde est gêné, personne ne dément. « L’argent n’est pas allé à la confédération », se défend François Chérèque (CFDT). Non, mais il est sans doute allé à une fédération… Ils sont prisonniers de leur propre opacité, et ça les met très mal à l’aise.
On savait que ce genre de tractations existait…
On le savait, oui. Mais qui « on » ? Quelques milliers de personnes qui tournent en vase clos et qui ne voient même plus ce qu’il y a de choquant. Exactement comme le financement des partis politiques, il y a quelques années. Ce n’est pas parce que tout le monde le fait que c’est légal.
Pourtant beaucoup des moyens utilisés pour financer les syndicats ne sont pas illégaux.
Parfois, on change la réglementation en catastrophe pour rattraper la situation. Quand le maire de Châteauroux, en 2006, a dénoncé l’occupation de locaux municipaux par la CGT, on a bricolé un décret pour régulariser, après coup. Certaines villes allaient plus loin : elles prêtaient des locaux et mettaient du personnel de ménage à disposition. Cela a été le cas de la CGT à Dieppe : la mairie a été condamnée.
À propos des emplois fictifs, vous citez feu le président de la CGC Jean-Luc Cazettes : « Un exemple d’emploi fictif ? Moi. J’attends qu’on me mette en examen. »
Il n’était pas le seul dans ce cas. Un détachement est légal tant que l’activité syndicale a un lien avec l’activité de l’entreprise. Si, chez Total (où travaillait Jean-Luc Cazettes), vous êtes détaché et que vous vous occupez de chimie, pas de problème. Mais si vous passez permanent de la CGT de la Seine-Maritime, ça ne va plus. C’est ce que font beaucoup d’entreprises : pour se débarrasser d’un gêneur, elles le salarient et l’envoient ailleurs, dans une union départementale. Et tout le monde est content.
Et les subventions des ministères ?
Il y a les crédits votés, qui sont légaux. Mais l’argent de la formation ? Il y a la formation des délégués syndicaux. J’ai eu sous les yeux des justificatifs de formation : des feuilles volantes, manuscrites, avec des noms, sans numéro de téléphone, sans date, sans coordonnées. Ce sont des faux ! Tous les syndicats le font. Ils le reconnaissent eux-mêmes ! À la fédération CFTC du Crédit agricole d’Ile-de-France, un responsable est parti en claquant la porte ; il a contacté le ministère de l’Agriculture pour leur dire : « On détourne l’argent de la formation ! » Personne n’a bougé. Et puis il y a l’argent de la formation des salariés, géré par les syndicats : 4 milliards par an. Ils détournent des sommes considérables au titre des frais de fonctionnement.
Il y a aussi le paritarisme : la gestion de l’UNEDIC, de l’assurance-maladie…
L’exemple le plus choquant est celui de l’AGEFIPH, association qui œuvre pour l’insertion des handicapés. On paie des conseillers techniques qui s’occupent de tout sauf des handicapés. C’est un dévoiement complet !
* Le vice-président du MEDEF est soupçonné d’avoir fait verser de l’argent liquide à des syndicats.







Réagissez à cet article