Recevez notre newsletter

Abonnez-vous, cliquez ici
Désabonnement, cliquez ici

Profil Facebook de Contribuables Associ�s

La France doit sortir des 35 heures

Entretien avec Florin Aftalion, économiste, professeur honoraire à l’ESSEC

La France peut-elle sortir des 35 heures ?

Je ne sais pas si elle le peut, mais je suis sûr qu’elle le doit ! Ce sera sans doute compliqué, dans la mesure où la législation des 35 heures a tissé un réseau complexe de contrats qu’il est difficile de défaire. Quant à l’idée selon laquelle on peut « partager » une quantité fixe de travail afin de réduire le chômage, elle est tout simplement fausse. C’est en produisant d’avantage que l’on augmente les revenus et la demande. Le travail engendre le travail. Le problème est de savoir comment notre économie peut se libérer de manière à produire plus, donc à engendrer plus de travail. À noter qu’on voit les mêmes idées fausses traîner à droite, où certains pensent que les immigrés prennent le travail des Français.

On dit que les Français peuvent se permettre de travailler moins puisqu’ils ont la meilleure productivité du monde…

C’est vrai que la productivité du travail en France est très élevée. Mais il en est ainsi parce que le travail y est parmi les plus chers au monde. Ce qui a pour conséquence que les chefs d’entreprise choisissent d’utiliser du capital plutôt que du travail. D’où la forte productivité. L’exemple suivant le montre : un menuisier qui utilise une scie électrique est plus productif qu’un autre qui ne dispose que d’une scie à main. Les Français ne peuvent donc pas se permettre de travailler moins.

Quelles sont les mesures prises récemment que vous approuvez ?

La réforme de l’université était indispensable, cette institution étant dans un état de délabrement total. Une plus grande autonomie, la faculté d’embaucher des chercheurs, le renforcement du pouvoir du président qui n’a plus à répondre de ses décisions à un soviet, tout cela va dans le bon sens. Dommage que le gouvernement ait reculé sur les frais de scolarité et la sélection. On pourrait en dire autant de la réduction du nombre de fonctionnaires, très insuffisante, et de la réforme des régimes spéciaux.
En revanche, les mesures d’incitation à la consommation me – paraissent illusoires. En particulier les déductions fiscales sur les prêts immobiliers sont un pur cadeau, qui coûte cher pour des résultats insignifiants. Ce n’est pas en « distribuant du pou- voir d’achat » qu’on va le faire réellement grimper. Le « paquet fiscal » est un paquet de cadeaux

Et la réforme de l’ISF, qui permet d’investir dans une PME ?

Paradoxalement, je suis contre tous les aménagements de l’ISF. Permettre d’investir une part de son ISF dans une PME fera que certains seront dépendants de l’ISF. Ils auront intérêt à ce que cet impôt perdure. De nouveaux groupes d’intérêt seront créés. Donc il sera encore plus difficile de supprimer l’ISF pour de bon. Quant au bouclier fiscal, il n’a pas fait revenir beaucoup d’exilés fiscaux en France. Et il n’a fait venir aucun investisseur nouveau. La suppression totale de l’ISF le permettrait pourtant. C’est l’impôt de l’envie sociale.

Que pensez-vous des mesures qui tendent à favoriser les « gazelles » (jeunes entreprises à fort potentiel) en incitant fiscalement les investisseurs à les financer ?

Les « gazelles », nécessaires à une économie saine, sont pratiquement inexistantes en France. Comment les faire se développer ? La solution pour moi n’est pas de leur distribuer des subventions. Le progrès consisterait à changer le cadre réglementaire et législatif, de façon que ces entreprises se développent librement. Il faut aussi une réduction et une simplification des impôts. Savez-vous ce que vous payez comme impôts ? Moi je ne le sais pas. Entre les prélèvements, les déductions, les charges, la CSG déductible et celle qui ne l’est pas, cela fait un ensemble incompréhensible. Or il faut que les consommateurs ou les entrepreneurs, sachent ce qu’ils paient, ce qu’ils ont avantage à faire ou à ne pas faire. Mais la simplification sera difficile, car le système français consiste à rajouter, dans tous les domaines. Voyez l’éco-pastille et tous les autres « prélèvements » écologiques créés continuellement. Comme disait Colbert : « L’art de lever l’impôt consiste à plumer l’oie sans la faire criailler. » C’est un art que les gouvernements français pratiquent avec beaucoup d’expérience…

Dernier livre paru : « L’économie de la Révolution française », Les Belles Lettres éd.

Réagissez à cet article

Vous devez être identifié pour publier un commentaire.