La feuille de paie vérité du MEDEF
Depuis des mois la question du financement de la protection sociale a été relancée. On a notamment beaucoup parlé de la TVA sociale chère à Jacques CHIRAC, et nous l’avons critiquée car elle mélange assurance et solidarité, cotisations et impôts. Le MEDEF vient d’apporter sa contribution au débat, par l’intermédiaire de sa présidente, Laurence PARISOT, lors de son point de presse mensuel.
Première proposition : distinguer clairement ce qui relève de l’assurance et ce qui relève de la solidarité. On peut ensuite discuter ce qui va dans l’une ou l’autre des rubriques, mais le principe est excellent. Ce qui relève de l’assurance doit passer par des cotisations et ce qui relève de la solidarité, s’il s’agit de solidarité publique et nationale, doit passer par le système des impôts. La sécurité sociale actuelle mélange tout. La proposition du MEDEF éclaircit le débat. Au passage, le MEDEF condamne la proposition socialiste d’une CSG progressive, comme nous l’avions fait ici même.
Deuxième proposition : pour ce qui relève de l’assurance, fusionner les cotisations des employeurs et des salariés « en faisant peser l’ensemble sur le salarié ». Bien évidemment, l’opération doit être neutre et donc les entreprises augmenteraient d‘autant les salaires bruts. Cela ne changerait rien au coût pour les entreprises, ni au salaire net que perçoit le salarié, sauf en cas de modification du taux de cotisation. Mais c’est une façon claire de sensibiliser les salariés et de maîtriser les dépenses.
Cela rappelle le « salaire complet » et la fameuse feuille de paie vérité, idées chères aux libéraux, notamment à l’occasion de nos universités d’été. Elles ont été concrètement appliquées et défendues avec fougue en particulier par Axel ARNOUX, Avantage : « mieux sensibiliser les salariés au coût de la protection sociale ».Le salarié connaît enfin la valeur réelle de son travail, telle qu’elle a été reconnue par le client, puisque c’est bien le client qui paie en dernier ressort. De plus, le salarié connaît le coût exact de sa protection « sociale ».
Par exemple, dans le système actuel, sur un salaire net de 1000 euros, le salaire brut sera par exemple de 1200 euros -c’est celui qui figure sur la feuille de paie- et les charges patronales par exemple de 600 euros, ce qu’ignore le salarié. Désormais, avec le système du MEDEF, le salaire brut complet figurera sur la feuille de paie (1800 euros) ainsi que l’ensemble des cotisations sociales (800 euros) et bien sur le salaire net qui ne change pas (1000 euros).
Le salarié saura ainsi ce que coûte sa protection sociale et cela pourrait le faire réfléchir. Le système pourrait ensuite évoluer, selon nous, en versant au salarié son salaire complet, à charge pour lui de s’assurer, ce qui fait que très vite il s’interrogerait sur les solutions alternatives et donc sur la mise en concurrence de la sécurité sociale.
Inutile de dire que les syndicats ont senti le « danger » et la logique explosive de la solution du MEDEF. Le Figaro parle d’un « tollé syndical » et titre « PARISOT met le feu aux syndicats ». Le CGT a dénoncé un « désengagement patronal » et une « rupture du positionnement historique du MEDEF ». « Il y a clairement la volonté de faire éclater la solidarité en renvoyant à l’Etat la prise en charge d’une couverture minimale, avec la porte ouverte à une montée en puissance des assurances privées ». Jean-Claude MAILLY pour FO, parle de « provocation » et met en garde contre « une ouverture à une privatisation de la Sécurité sociale ». Il s’agit d’un « projet de privatisation ». Le déchaînement médiatique a été à la hauteur des enjeux, car on ne s’attaque pas impunément aux privilèges syndicaux et aux chasses gardées syndicales.
Sans aller jusque là, la proposition du MEDEF a l’avantage essentiel de faire connaître la vérité aux Français. Lorsqu’ils en auront pris conscience, les mentalités pourront évoluer vers des solutions alternatives et concurrentielles. Tant que l’opacité est la règle, la porte est ouverte à toutes les démagogies et aux surenchères syndicales, puisque le salarié a l’impression que le protection sociale ne coûte rien et que c’est le patron qui paye !
Nous ne pouvons que nous féliciter de voir ainsi les entrepreneurs prendre la responsabilité d’une campagne d’information des Français, pour les ramener à la réalité. C’est autre chose que les arguments idéologiques et démagogiques auxquels nous sommes habitués.
Tribune extraite du site libres.org







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