Alors que le déficit Français est revu à la hausse, les lenteurs Françaises irritent Bruxelles
Manifestement, la question de la dette publique et des déficits budgétaires ne semble plus prioritaire en France. Les dépenses de l’Etat progressent toujours, on n’a pas encore mis en œuvre la promesse de ne remplacer qu’un fonctionnaire sur deux partant en retraite, et même le rapport ATTALI, qui propose certes de réduire d’un point de PIB chaque année les dépenses publiques, demeure très discret sur la dette et les déficits.
Personne n’a cure du financement des investissements privés, alors que l’épargne est détournée vers le secteur public, et personne ne se soucie des générations suivantes qui paieront la facture de l’insouciance actuelle.
En revanche, Bruxelles continue à suivre le dossier et distribue les bons et les mauvais points. Bon point pour l’Allemagne, qui a su en quelques années faire disparaître son déficit budgétaire (politique « remarquable » dit Bruxelles). Mauvais point pour l’Italie (dont nous parlions la semaine dernière. PRODI n’a pas significativement réduit la dette) et surtout pour la France. La Commission, une nouvelle fois, a mis la France en demeure d’accélérer « considérablement » l’assainissement de ses comptes publics, car l’Europe craint que le déficit ne repasse au dessus des 3% du PIB, maximum autorisé par le pacte de stabilité européen. Elle nous demande de « renforcer considérablement » nos efforts de redressement budgétaire.
La Commission rappelle en effet que les pays européens s’étaient engagés, non seulement à ne pas dépasser ces fameux 3%, mais encore à atteindre peu à peu l’équilibre budgétaire, au plus tard en 2010. Or Nicolas SARKOZY a déjà annoncé qu’en raison d’autres priorités, cet objectif d’équilibre budgétaire était reporté à 2012. La France est désormais comparée à l’Italie et ce n’est pas un compliment dans la bouche du commissaire européen Joaquin ALMUNIA, chargé des affaires économiques. Au passage la Commission observe que les Italiens ont l’excuse de ne pas disposer d’un gouvernement solide, ce qui n’est pas le cas de la France, et elle pense même que les Italiens ont relâché leur vigilance parce qu’ils ont suivi l’exemple des Français !
Certes, Bruxelles semble avoir compris qu’en dépit de ses conseils, le retour à l’équilibre en France en 2010 est illusoire. Mais maintenant ce qui l’inquiète, c’est que même 2012 paraît incertain, en raisons de nombreux risques, car Bruxelles ne croit pas au programme de stabilité actualisé transmis par la France en décembre dernier. La commission recommandera donc aux ministres des finances des 27 de demander à la France de renforcer son rythme de consolidation budgétaire et de réduction de l’endettement, pour avoir une marge de sécurité dès 2008, pour être sûre de ne pas déraper au-delà des 3% cette année. En effet, ce qui chagrine Bruxelles, c’est que les hypothèses sur lesquelles repose le budget 2008 (2 à 2,5% de croissance du PIB en France) sont totalement irréalistes.
La Commission souligne aussi qu’avec des dépenses publiques représentant 53% du PIB, la France est devenue championne d’Europe. Elle va même, en termes feutrés, s’interroger sur les mesures décidées en France dans ce domaine, qui doivent « être davantage spécifiées et dont l’efficacité devra être testée ». C’est peut-être dit diplomatiquement, mais on lit à travers les lignes : les promesses du gouvernement français ne sont ni sincères ni crédibles.
Comme il nous arrive parfois, nous ne pouvons que partager ici le point de vue de Bruxelles. L’attitude du pouvoir français à l’égard de ses dépenses et des impôts n’est pas près de changer. Elle est identique depuis des siècles.
Nous avons évoqué TURGOT à propos du rapport ATTALI. Et Turgot disait déjà en substance à Louis XVI en 1774 : « Point de banqueroute ; point d’augmentation d’impôts ; point d’emprunt. Pour remplir ces trois points, il n’y a qu’un moyen. C’est de réduire la dépense au-dessous de la recette ». Et encore « Il faut, Sire, vous armer, contre votre bonté, de votre bonté même ; considérer d’où vous vient cet argent que vous pouvez distribuer à vos courtisans ». Mais il y a longtemps que nous n’avons plus en France de TURGOT, et ATTALI, en dépit de ses efforts, n’est pas taillé pour le rôle.
Tribune extraite du site libres.org







Réagissez à cet article
Vous devez être identifié pour publier un commentaire.