Déficits Français : nouvelle mise en garde de Bruxelles
Tribune extraite du site Libres.org
Il y a un mois, le 8 mai, lors de la publication des prévisions économiques de printemps, les autorités de Bruxelles avaient mis en garde la France, parce que le déficit budgétaire français allait à nouveau déraper et dépasser en 2006 le chiffre officiellement annoncé par la France de 2,8%. A l’époque, le commissaire aux affaires économiques et monétaires, Joaquin ALMUNIA avait demandé au gouvernement français de « prendre des mesures supplémentaires » pour éviter d’être en déficit excessif et pour respecter la fameuse règle des déficits inférieurs à 3% du PIB prévue par le Pacte de stabilité.
Bien entendu, la France n’a rien fait pour réduire le déficit 2006 et la préparation du budget 2007 n’augure rien de bon. Dans ces conditions, phénomène exceptionnel, à peine un mois après, à la mi-juin, selon notre confrère Les Echos, qui rapporte ces informations, « Bruxelles réitère ses inquiétudes sur la situation française ». « La commission a mis à nouveau en garde la France, qui risque, selon elle, de se trouver en situation de déficit excessif cette année ». Elle est donc « revenue à la charge ».
Selon Bruxelles, il existe « un risque non négligeable » que le déficit budgétaire français « se situe au-dessus du seuil de 3% du PIB en 2006 », précise une note examinée par le collège des commissaires. Le même commissaire ALMUNIA « se fait plus pressant » en expliquant qu’il existe « de grandes incertitudes sur les prévisions de déficit de la France ». Façon polie de remettre en cause les prévisions de Bercy et de Thierry BRETON et de montrer que Bruxelles n’est pas dupe des manipulations comptables de la France l’an dernier pour faire artificiellement passer son déficit en dessous de la barre fatidique des 3%.
Mais là n’est pas l’essentiel. Ce n’est pas seulement par rapport aux règles fixées par l’Europe, peut-être de manière arbitraire, que nous sommes en infraction. C’est par rapport à la réalité économique que nous sommes en décalage en menant une mauvaise politique. En effet, il est normal qu’un budget soit en équilibre. S’il peut exceptionnellement être en déficit, c’est uniquement, comme en Angleterre, pour financer des dépenses d’investissement. Mais nous, c’est du fonctionnement, des salaires de fonctionnaires, des dépenses sociales que nous finançons à crédit, ce qui est une aberration économique.
Le déficit est financé par des emprunts, qui viennent réduire l’épargne destinée aux investissements productifs du secteur privé, provoquant un véritable effet d’éviction. Les dépenses publiques ainsi financées viennent évincer des dépenses privées qui ne pourront avoir lieu faute de financement.
En outre, ces déficits provoquent chaque année un endettement accru, qui dépasse les 65% du PIB et atteint des niveaux manifestement excessifs (plus de 1 100 milliards d’euros, soit, comme nous l’avons montré plusieurs fois, plus de 17 000 euros par Français) : de quoi ruiner les générations futures à qui nous ne transmettrons que des dettes, qui n’auront servi qu’à financer nos actuelles dépenses sociales.
Tout cela est connu. Le rapport PEBEREAU et d’autres nous l’avaient dit. Mais ce que les mises en garde de Bruxelles nous rappellent, c’est que, en dépit de ces signaux d’alarme, rien n’a été fait. Et manifestement rien ne sera fait pour le prochain budget 2007. Il faudrait pourtant donner un signal fort, par exemple en ne remplaçant pas les fonctionnaires partant à la retraite, de façon à réduire le nombre de fonctionnaires de 60 ou 70 000 et à diminuer fortement les dépenses publiques.
Au moment où les premières orientations du budget pour 2007 sont arrêtées, on parle de diminuer de 15.000 le nombre de fonctionnaires, en supprimant un poste sur cinq de ceux qui partent en retraite. Mais immédiatement la FSU annonce une grève des enseignants pour la rentrée : les syndicats ne veulent pas que l’on sacrifie le « service public » sur l’autel de la rigueur budgétaire. Dans ces conditions, il y a fort à parier que les déficits continueront à se creuser, comme par le passé. En attendant la chute finale…
Tribune extraite du site libres.org







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