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La seule bonne réforme des retraites passe par l’abandon de la répartition

Un noctambule éméché a perdu ses clefs de voiture et les cherche sous un réverbère. « C’est ici que vous les avez perdues ? » demande un passant.. « Non mais ici il y a de la lumière ».
En matière de retraites, on n’a jamais cherché la solution là où elle est réellement. Je comprends la colère des assurés.

On leur dit : Travaillez plus longtemps, cotisez davantage, et si vous le pouvez souscrivez à un plan d’épargne. Pourquoi leurs « droits acquis », payés par les cotisations de toute une vie, sont-ils remis en question ? Je comprends aussi la bonne volonté du gouvernement, du patronat et de certains syndicats : à travers la réforme de l’âge de la retraite, du travail des seniors, ils cherchent à rééquilibrer les finances de l’assurance vieillesse – et il est méritoire d’ouvrir enfin un dossier explosif. Mais je ne comprends pas pourquoi les uns et les autres ne veulent pas voir la vérité, inéluctable, scientifique : dans les années à venir il n’y a aucun avenir pour un système fondé sur la répartition.

Car la faillite du système est imminente. La population vieillissant, il y a de moins en moins d’actifs par rapport aux pensionnés. Avec la répartition les cotisations payées par les actifs sont immédiatement utilisées à payer les pensions des retraités. On ne cotise pas pour soi, mais pour les autres, dans l’espoir que plus tard on pourra à son tour compter sur les cotisations des actifs.

Les cotisations ouvrent un « droit » mais ce droit est purement théorique s’il n’y a plus personne pour alimenter la caisse.. Il y avait en 1960 4 actifs pour un retraité, 1,88 en1990, puis aujourd’hui 1,45 et en 2030 1 seul actif pour un retraité. Sauf révolution démographique ou immigration massive la tendance ne peut s’inverser. Il faut gérer cette situation et échapper au piège de la répartition. C’est ce qu’ont fait la plupart des pays confrontés au même problème, avec des modalités adaptées aux données nationales, mais toujours avec le même objectif : quitter le navire avant qu’il ne coule. Pourquoi pas en France ?

Il est vrai que tous les Français ne sont pas conscients du danger qui les menace. Ils sont pourtant de plus en plus nombreux à constituer un patrimoine et souscrire à des contrats d’assurance vie (27 millions actuellement). Mais tout le monde ne le peut pas, ou ne le sait pas.

On doit en effet compter aussi avec l’ignorance dans laquelle les assurés sont tenus sur ce qu’ils payent pour leur assurance vieillesse : 16,65 % du salaire brut – un smicard laisse à sa caisse tous les six mois l’équivalent d’un Smic brut actuel.

L’ignorance est tout aussi grande sur le montant réel de la pension récupérée au moment de la retraite. Car l’assureur change les règles du jeu en cours de route : on modifie l’âge de la retraite, la durée et le montant des cotisations, et surtout la base de calcul des pensions. Enfin l’assuré ne fait pas le rapprochement entre ce qu’il paye et ce qu’il recevra (peut-être).

Le smicard ignore qu’avec les cotisations qu’il a payées pour avoir droit au taux plein, il aura totalisé 107.280 euros. Totalisé, mais gaspillé, puisque cet argent n’a jamais été capitalisé ! S’il avait été placé à 3% - ce qui est réellement faible - pendant les 40 ans de cotisation, il aurait représenté un capital de 321.640 euros. Si la sortie se fait « en capital » la perte subie par le smicard est donc de: 214.360 euros. Si la sortie se fait « en rente » il faut six ans au smicard pour récupérer sa mise dans le système de répartition. Pour quelqu’un qui gagne 2 ou 3 fois le il faut vivre jusqu’à 90 ans ou au-delà pour « rentrer » dans sa mise !

Dans ces conditions, où sont la justice et la solidarité que tout le monde invoque pour s’accrocher à la répartition par tous les moyens ? La justice ? Ce sont les gens les plus modestes qui n’ont aucun moyen d’échapper au piège. La solidarité ? On sacrifie les jeunes – sans leur demander leur avis, on sacrifie la grande masse des assurés au bénéfice de régimes « spéciaux », et on multiplie les inégalités entre régimes.
Faute de se rendre à ces évidences, les gouvernants et les principaux acteurs du système actuel ont multiplié les réformes à courte vue, ils rajoutent une couche de peinture au rafiot de l’assurance-vieillesse qui ne tient plus que par la peinture.

A ouvrir le dossier des retraites, autant l’éplucher soigneusement au lieu de le feuilleter. Le débat actuel pourrait être d’une grande utilité pour les Français : ceux qui, retraités actuels ou futurs, sont inquiets à juste titre pour le futur de leurs pensions, ceux qui trouvent que les cotisations amputent trop lourdement leur pouvoir d’achat, ceux qui déplorent l’importance des charges sociales qui nuisent à la compétitivité des entreprises et empêchent d’accroître les salaires aussi vite que la productivité.

Les Français auront-ils enfin droit à la vérité ? Elle a été consignée dans des rapports officiels, les experts la connaissent, elle a été dite aux autres peuples, elle a inspiré de multiples réformes dans le monde entier. ayant pour point commun et pour objectif d’en finir avec la répartition. Il est des réverbères qui aveuglent, et entretiennent l’obscurantisme.

Jacques Garello
* Professeur Emérite à l’Université Paul Cézanne, président de l’ALEPS

1 C’est ce que j’ai entrepris de faire, en compagnie de Georges Lane, à la demande de l’IREF (Institut de Recherches Économiques et Fiscales) et avec le soutien de Contribuables Associés.
Futur des Retraites et Retraites du Futur, 208 pp., mai 2008, Librairie de l’Université www.aix-provence.com

Un commentaire pour “La seule bonne réforme des retraites passe par l’abandon de la répartition”

  1. Cher monsieur,

    Je trouve votre argumentaire fallacieux. En effet, vous parlez par exemple d’un rendement de 3% sur 40 ans qui ne seraient pas possibles dans le système par répartition. Permettez-moi de vous rappeler que jusqu’à une date récente les retraites par répartition étaient indexées sur les salaires et qu’en conséquence, les 3% étaient potentiellement au rendez-vous. Le fait de les avoir indexées sur l’inflation est un incident de parcours qui sera un jour corrigé car la retraite est une forme de salaire et elle doit correspondre à un niveau de vie.
    Je quitte ce détail pour en venir à un point plus fondamental. La retraite est, initialement, une assurance de fin de vie pour que les parents ne soient pas à la charge de leurs enfants individuellement mais le soient collectivement. Le gain d’espérance de vie des dernières décennies a transformé cette assurance en une colonie de vacances pendant 30 ans aux frais de la princesse. Cela n’est pas souhaitable mais ce n’est pas le système par répartition qui est la cause profonde de cette vue de la retraite mais bien le système par capitalisation qui a inventé les rentiers, et, c’est bien connu, tout le monde souhaite être rentier. C’est d’ailleurs la rente qui est la source de bien des maux de notre société car c’est sa recherche qui pressure aujourd’hui les entreprises pour toujours plus de profits, toujours moins de bien être social, toujours plus de délocalisations, etc..
    Le travail est une valeur, la rente n’en est pas une; la solidarité entre génération est une valeur, la rente n’est pas une, etc.. Certes, dans les années à venir, il faudra travailler peut-être jusqu’à 70 ans voire plus, pour pouvoir jouir d’une assurance de fin de vie. Pour le reste de la vie valide, le travail à la sueur de son front me semble être la seule solution digne et morale. D’ailleurs, pour aller jusqu’au bout de mon raisonnement, on devrait travailler tant qu’on en a la capacité et cette capacité ne s’arrête généralement pas subitement. La retraite devrait donc se prendre progressivement et la cessation totale d’activité devrait se faire selon l’état de santé et la capacité de chacun. Voilà la vraie recette d’une société harmonieuse et juste. La capitalisation ne peut pas être juste parce que la rémunération du travail n’est pas juste car fondée sur aucun système de valeurs absolu. Pour plus de détails, je vous invite à lire un futur ouvrage que j’ai écrit et qui sortira probablement à la fin 2008 voire début 2009 et qui s’intitulera “Ainsi marchait l’humanité: une vision physico-mathématique des sciences humaines et sociales et du management”.

    Cordialement,

    Jean-François Geneste.

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