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Télévisions publiques : trop de chaînes, trop de taxes

Ce fut l’une des décisions surprises annoncées par Nicolas Sarkozy lors de son méga-show, pardon, sa conférence de presse du 8 janvier : la suppression de la publicité sur l’audiovisuel public.

Est-ce une bonne décision ? Oui, cela permettra de dégager des ressources publicitaires pour les télévisions privées qui, elles, en ont un besoin vital, disent ses partisans (les cours de bourse de TF1 et de M6 se sont envolés le jour de l’annonce). Et aussi de clarifier  le financement de l’audiovisuel : l’argent privé ira ainsi à des chaînes privées. De leur côté, les adversaires d’une telle mesure font valoir que cela risque d’éloigner les chaînes publiques des téléspectateurs et de la réalité économique.

La première question est de savoir comment financer les chaînes publiques en l’absence de publicité. Les chaînes publiques coûtent cher. Elles sont nombreuses, ne rechignent pas à embaucher du personnel et, comme leurs consœurs privées, doivent faire face aux enjeux technologiques les plus difficiles (les coûts de la diffusion TNT pour ne prendre que cet exemple).

Le chef de l’État a la solution : des taxes ! Elles sont au nombre de deux. L’une sur les recettes publicitaires accrues des chaînes privées ; et l’autre, « infinitésimale », sur le chiffre d’affaires des nouveaux moyens de communication comme la téléphonie mobile et l’accès à l’internet.
D’après les calculs de Gérard Noël, président de l’Union des annonceurs (UDA), il faudrait taxer l’ensemble des recettes de publicités à 25 %, pour compenser le manque à gagner dû à la suppression de la publicité. L’oxygène donné aux chaînes privées serait donc entièrement mangé par les taxes.

La deuxième question est de savoir si la France a réellement besoin d’un groupe audiovisuel comptant cinq chaînes, plus cinq autres chaînes publiques. « Et le service public ? », clame-t-on en chœur chez France 2, France 3 et France Inter (qui vit aussi de la redevance). Voilà un mythe bien français ! On aimerait savoir ce qui différencie au juste ces chaînes de ses homologues du privé, à part leurs effectifs surabondants (11 000 collaborateurs à France-Télévision) et leur taux de syndicalisation record. France 2, dans ses programmes, imite TF1, en moins bien et avec moins de moyens. À quoi bon, dans ces conditions, conserver un service public pléthorique ? Plutôt que de créer deux nouvelles taxes, mêmes « infinitésimales » (on sait qu’elles ne le restent jamais longtemps), pourquoi ne pas privatiser une ou plusieurs de ces chaînes, ou même en supprimer quelques-unes ? Les chaînes publiques ne pourraient-elles pas faire des économies de gestion, à l’instar de la BBC qui devrait prochainement supprimer 1 800 emplois ?
À quoi cela sert-il d’avoir trois chaînes différentes, France 24, TV5 et RFI, pour représenter la voix de la France à l’étranger ? Ne pourrait-on pas les regrouper en une seule ? Quant aux chaînes parlementaires, leur audience est si faible qu’elles n’apparaissent pas dans les mesures d’audience. Leur suppression ne serait-elle pas bénéfique au budget du Parlement ?

Autant d’interrogations que l’on pourrait résumer en une seule : est-ce bien le rôle de l’État de mettre son nez dans la télévision ?

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