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Philippe Séguin, un grand président de la Cour des comptes

Philippe Séguin, un grand président de la Cour des comptes

Suite au décès brutal de Philippe Séguin, Premier président de la Cour des comptes, le président de Contribuables Associés, Alain Mathieu, lui rend hommage et revient sur son action à la tête de l’institution de la rue Cambon.

Le grand talent d’orateur de Philippe Séguin ne s’expliquait pas seulement par sa superbe voix de baryton. Il était dû surtout à son indépendance d’esprit. Contre la plupart de ses amis politiques, il était capable de s’opposer à la direction du RPR, au traité de Maastricht, de démissionner de la présidence de l’UMP en pleine campagne électorale européenne, de prendre position pour Jacques Chirac dans la campagne présidentielle alors qu’Edouard Balladur était en tête. Comme ministre du Travail il osait supprimer l’autorisation administrative de licenciement.

Depuis plus de cinq ans cette indépendance était au service de la Cour des comptes. Il ne craignait pas d’émettre des réserves « substantielles » sur la tenue des comptes de l’Etat, de prôner « l’équilibre des comptes publics », de critiquer l’augmentation des effectifs de fonctionnaires et de trouver insuffisante la règle du non-remplacement d’un départ à la retraite sur deux, trop favorable aux administrations mal gérées.

Il osait critiquer les dépenses de l’Elysée, notamment pour des sondages et à l’occasion du Sommet de la Méditerranée. Il avait accru le nombre de rapports de la Cour mis en publication. Il avait développé la publication des suites données par les administrations aux recommandations de la Cour. Grâce à lui les rapports de la Cour bénéficiaient d’un plus grand retentissement médiatique.

Dans un interview à l’Express en avril 2009, il affirmait qu’il fallait « être raisonnable en matière de dépenses et s’en tenir au strict nécessaire en termes de relance ou de soutien au système bancaire » et  revoir nos dépenses sociales : «  notre compétitivité se mesure aussi au poids relatif de notre système de protection sociale ».

Il avait habilement défendu l’indépendance de la Cour en s’opposant à la « création d’un organisme d’audit et de contrôle » dépendant du Parlement promis par l’UMP pendant la campagne électorale de 2007. Il se plaignait du fait que la Cour n’ait « aucun moyen de sanctionner les responsables » de gaspillages de dépenses publiques. Il savait que le Parlement aurait pu lui donner ces moyens.

Il écrivait au « Cri du contribuable » le 5 avril 2008 : « Nombre des constats que vous dressez dans le dossier du 8 mars que vous consacrez à la Cour des comptes sont aussi les nôtres et je vous remercie de votre envoi et de cette réflexion très argumentée…. Suivi accru de nos contrôles par le Parlement et régime unifié de responsabilité des gestionnaires devant la Cour, voilà deux axes d’un renforcement de l’efficacité des juridictions financières qui me semblent ressortir clairement de votre dossier du 8 mars et que je ne peux que partager et approuver. En vous remerciant du débat que vous contribuez à nourrir sur ce sujet majeur de la dépense publique … ».

Dans une autre lettre qu’il nous avait adressée il reconnaissait que « les rapports (des Cours des comptes) font l’objet d’un suivi beaucoup plus poussé (par les Parlements) dans les pays anglo-saxons qu’actuellement en France ».
Il avait cependant convaincu les députés que, sans dépendre du Parlement la Cour pouvait jouer le rôle de l’organisme d’audit promis par l’UMP. Suivant sa pente naturelle il avait ainsi préféré l’indépendance de la Cour à l’efficacité de ses recommandations.

Souhaitons que son successeur sache faire preuve de la même indépendance à l’égard du pouvoir, mais accepte de réaliser la promesse de l’UMP.

Un commentaire pour “Philippe Séguin, un grand président de la Cour des comptes”

  1. A lire , la réaction de Kelly-Eric Guillon suite à la disparition de Philippe Seguin

    Adieu Philippe Seguin, toi le « sous pupille de la nation de 4éme catégorie »

    Philippe reçoit mon hommage discret de compagnon de galère et en guise de respect, je me permets de dénoncer tous les hypocrites qui viennent chanter ta gloire, en mettant en avant ta qualité de « Pupille de la Nation », car tu étais effectivement « sous-Pupille de la Nation de 4éme catégorie de 39/45 », par décret, depuis 2000 et 2004.

    sur
    http://www.marcfievet.com/article-adieu-philippe-seguin-toi-le-sous-pupille-de-la-nation-de-4eme-categorie–42570876.html

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