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La nouvelle « représentativité » des syndicats ne résoudra rien

Les partenaires sociaux sont parvenus, en avril, à « une position commune sur la représentativité, le dialogue social et le financement du syndicalisme ». Décryptage.

Cet accord est-il de nature à donner aux syndicats la représentativité qui leur manquait ?

Non. Cet accord n’a pas été fait pour ça. Il n’aura pas pour conséquence de donner plus de syndiqués à la France, ni de rendre les syndicats plus responsables et plus portés vers la négociation. Il aura pour effet de réduire le nombre d’organisations syndicales au bénéfice de la CGT et de la CFDT. Avec l’espoir, tout à fait hypothétique, que ces centrales syndicales évoluent vers un comportement moins guerrier. C’est le résultat d’un deal entre Parisot, Thibault, Chérèque et Sarkozy. Pourquoi ? Nicolas Sarkozy veut réformer le pays sans que les syndicats lui envoient les manifestants. D’accord, disent les deux grands syndicats, mais en contrepartie il faut réformer la représentativité. Quant au Medef, il veut réduire le nombre de ses interlocuteurs.

Il fallait tout de même réformer la représentativité des syndicats.

Oui, en particulier pour vérifier si les nouveaux prétendants (Unsa, SUD…) ont le droit d’entrer dans le système. Mais le nouveau système ne s’attaque pas aux causes profondes de la baisse de la syndicalisation dans le pays.

Ces causes, quelles sont-elles ?

C’est l’institutionnalisation des syndicats. Les syndicats n’ont pas besoin de servir des adhérents pour exister. Ils vivent avec des subventions richement dotées par le contribuable ou les entreprises, et pas suffisamment sur l’obligation de rendre des services qu’ils rendent à leurs adhérents. Ça n’encourage pas l’adhésion ! Pas besoin d’être syndiqué pour bénéficier des avantages du syndicat. Et dans l’autre sens, le syndicat n’a pas besoin de la cotisation des adhérents pour vivre. Vous avez tout pour affaiblir l’institution syndicale !

Pour le premier tour des élections professionnelles, il y avait le monopole du « club des cinq »*. Cela va-t-il cesser avec cet accord ?

Cet accord va donc rétrécir le paysage syndical, le syndicat gagnant n’étant pas focément le même d’une entreprise à l’autre. Avec comme principal critère l’audience : les résultats aux élections aux comités d’entreprise. Les autres critères (implantation, indépendance, transparence) ne sont examinés que quand le premier est rempli.

Les syndicats devront faire preuve de « transparence financière ». Donc de déclarer les subventions qu’ils reçoivent ?

L’article 16 demande aux « pouvoirs publics de procéder à un recensement exhaustif de l’ensemble des financements existants… » Le texte exige de faire certifier les comptes par un commissaire aux comptes. Les comptes doivent être réguliers. Très bien, mais ce n’est pas parce que vous avez reçu 5 millions d’un ministère que vous les avez utilisés pour ce à quoi ils étaient destinés. La vraie réforme, c’est celle que propose le député Philippe Cochet : la transparence des comptes des syndicats.

Faut-il établir la représentativité par la loi ? Ne pourrait-on pas imaginer un système ouvert, qui permette à chacun de lancer un syndicat ?

Oui, mais il arrive un moment où le syndicat doit être reconnu par la direction et les pouvoirs publics. Sinon vous pouvez avoir affaire à des syndicats farfelus… L’entreprise ne peut donner la même considération à tout le monde. La notion même de représentativité est indispensable. Car les syndicats engagent l’ensemble des salariés.

C’est un peu le problème. Dans les pays du Nord, les syndicats ne représentent que leurs adhérents. S’ils obtiennent une augmentation, seuls les adhérents en profitent.

C’est une très bonne méthode. Il s’agit tout simplement du service qu’on rend à l’adhérent. La vraie démarche lib-rale, c’est de considérer que le marché du travail doit s’organiser comme tel, avec des relations de fournisseur à client. Ce n’est pas une relation marchande, mais la notion de service doit être au cœur de la relation. Le syndicat est là pour rendre service. À qui ? Ailleurs en Europe, à ses adhérents. En France, à tout le monde. L’ambition est trop vaste. On pourrait passer du système français vers un système européen nordique, en disant : certains services seront réservés aux adhérents payant une cotisation.

Quels services ?

Un service juridique, un service de recherche d’emploi… En Belgique, les syndicats gèrent les caisses d’assurance chômage ; le syndicalisme est très proche des mutuelles. Si on rapprochait les syndicats du mode d’organisation des mutuelles, on aurait une syndicalisation beaucoup plus développée qu’aujourd’hui.

* CGT, CFDT, FO, CFTC, CGC.

Entretien. Bernard Vivier, directeur de l’Institut supérieur du travail

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