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Comment réguler le capitalisme ? Un colloque pour rien

Le plateau était splendide : Angela Merkel, Tony Blair, Jean-Claude Trichet, de nombreux ministres et gouverneurs de banques centrales et trois prix Nobel d’économie. Sans compter le président français, son premier ministre et une bonne partie du gouvernement. Le sujet était d’importance et d’actualité : comment réguler le capitalisme ? Les 8 et 9 janvier tout ce beau monde s’est déplacé pour rien.
On aurait pu s’attendre à une analyse approfondie de la cause principale de la crise actuelle et à des propositions précises pour la réunion du G20 le 2 avril à Londres.

On a seulement eu droit à une succession de discours sur le capitalisme financier, ses spéculateurs qui préfèrent le court terme au long terme et les scandaleuses rémunérations des banquiers. Les défaillances des agences de notation ont été dénoncées, comme la « juste valeur» à attribuer aux valeurs financières (méthode de comptabilité à abandonner parce que trop juste !). La nécessaire subordination de l’économie à la politique et le retour de l’Etat ont été proclamés.

Trois propositions ont été faites : Angela Merkel a demandé que les pouvoirs du Conseil Economique de l’ONU soient renforcés ; Jean-Claude Trichet a dit qu’il « méditait » sur une  extension des pouvoirs de la Banque Centrale européenne pour qu’elle contrôle les banques européennes actives dans plusieurs pays ; Michel Rocard a proposé bizarrement le retour aux changes fixes ! Bref trois fois rien.

Seuls deux orateurs ont abordé incidemment la cause principale de la crise : Tony Blair a parlé de la « bulle de crédit » et de « l’endettement excessif »,  Jean-Claude Trichet de « l’excès d’endettement ». Ils auraient pu être plus précis. Dire par exemple que les dettes américaines – publique et privée – avaient été multipliées par 4,3 pendant le mandat d’Alan Greenspan à la tête de la Banque centrale des Etats-Unis, soit 53 % de plus que la hausse du PIB américain.

Expliquer que les crédits hypothécaires à haut risque, les « subprime », n’auraient pas pu proliférer sans cette bulle de crédit, que les profits et rémunérations exagérés des financiers étaient dus également à cette abondance d’argent pas cher. Ils auraient pu expliquer aussi, comme l’a fait Greenspan à plusieurs reprises, que cette bulle avait été souhaitée et encouragée par la majorité des parlementaires et dirigeants politiques américains. Greenspan a même écrit qu’il faisait le maximum pour éviter d’être « mis sur la sellette » lors de ses auditions au Congrès des Etats-Unis !

Cette analyse aurait ainsi conduit à une conclusion simple : pour éviter la formation de bulles de crédit, et donc d’une nouvelle crise dans quelques années, l’indépendance de la Banque centrale américaine devrait être accrue, sur le modèle européen. Mais était-il envisageable que des hommes politiques critiquent d’autres hommes politiques, fussent-ils américains ? Il était plus facile d’accuser les banquiers et le capitalisme financier.

Les participants au colloque ont toutefois unanimement proposé, mais sans la moindre précision, que l’unilatéralisme américain cède la place au multilatéralisme, c’est-à-dire que les Européens aient leur mot à dire dans les affaires publiques américaines. Ils y croyaient cependant si peu que Tony Blair n’a pas craint de pronostiquer une nouvelle bulle dans quelques années !
Un colloque pour rien.

Un commentaire pour “Comment réguler le capitalisme ? Un colloque pour rien”

  1. Parmis ces moralisateurs il y avait bien Tony Blair qui n’est plus en fonction et qui à bien profité de l’Europe tout en conservant sa livre sterling.

    Il y avait aussi un responsable politique français qui voulaient introduire le Crédit Hypothècaire en France quelques mois avant l’été. C’est à dire vendre son toit pour acheter à manger.C’est à dire dormir sur le trotoir à moyen terme.

    Nous ne vivons pas une crise financière mais une crise d’interventionnisme de l’état (américain) dans l’octroi des crédits.

    La finance et le capitalisme en sont victimes comme tout le monde.

    Dans le cadre de l’immigration choisi, j’aimerais tant pouvoir vôter Angela Merkel en 2012…

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