Le 13 mars 2018

Hauts fonctionnaires : vous payez, ils se sucrent !

les revenus des hauts fonctionnaires
La caste. Indéboulonnables, jaloux de leurs privilèges, les hauts fonctionnaires ont verrouillé le système pour leur seul bénéfice. Cette noblesse d’État puise abondamment dans les caisses de la République.

→  La France compte 21 600 hauts fonctionnaires 
→ 656 fonctionnaires gagnent plus que le chef de l’État
→ Le salaire mirobolant de Florence Parly à la SNCF
→ Le cas Dominique de Villepin

Comme disait Clemenceau, « les fonctionnaires sont un peu comme les livres d’une bibliothèque : ce sont les plus haut placés qui servent le moins ».

Combien sont-ils, ces bouquins inutiles ? Longtemps, le nombre était tu. Il a fallu attendre 2015 et un rapport sur « l’encadrement supérieur et dirigeant dans la fonction publique » pour apprendre que notre pays comptait 21 600 hauts fonctionnaires. Corps de direction des administrations, corps préfectoral, corps diplomatique, corps des magistrats, corps techniques de l’État, corps d’inspection générale, corps supérieurs de l’éducation et de la recherche…

Ils cultivent l’entre-soi, trustent tous les postes clés de l’État. Leurs allers-retours entre le public et le privé sont la porte ouverte à des conflits d’intérêts multiples et constants. Spécificité française, ils produisent des hommes politiques qui, formatés par ce système, renoncent à le réformer quand ils sont élus.

Énarque, inspecteur des finances et ex-secrétaire adjoint du cabinet du président Hollande, Emmanuel Macron a été un des leurs. Il a démissionné de la fonction publique le jour de l’annonce de sa candidature à l’élection présidentielle.

Son Premier ministre, Édouard Philippe a, lui aussi, été formé à l’ENA. Il intégra le Conseil d’État, la plus haute juridiction administrative, avant de « pantoufler » dans le privé (lobbyiste pour Areva notamment), à l’instar du Président (banquier d’affaires chez Rothschild).

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656 fonctionnaires gagnent plus que le chef de l’État

hauts fonctionnairesAu sein de ce haut clergé administratif, domine une aristocratie de 600 personnes, mieux payées que le chef de l’État. On les trouve à l’Elysée, à Matignon, dans les grands ministères et à la tête des agences de l’État ou des principales entreprises publiques. Ils sont passés par les mêmes écoles et partagent les mêmes privilèges.

À leur arrivée au pouvoir en 2012, François Hollande et son Premier ministre, Jean-Marc Ayrault, firent baisser leur salaire de 30 %. L’ex-Président (lui-même issu de la caste) fit dresser une liste secrète des fonctionnaires gagnant plus que lui pour obliger ceux-ci à consentir également un effort financier. Les lobbies de la haute fonction publique réussirent à bloquer l’opération.

Cette fameuse liste, l’ex-ministre de la Fonction publique Annick Girardin l’a vue, « mais n’a pas eu le droit de la conserver » a-t-elle confié au journaliste Vincent Jauvert, auteur de l’enquête « Les Intouchables d’État » (Robert Laffont).

En 2016, l’énarque Florence Parly, aujourd’hui ministre des Armées, a empoché 30 496 euros net par mois pour son poste de directrice générale à la SNCF

D’après ce document – qui ne comptabilise pas les agents travaillant dans les établissements publics – plus de 600 hauts fonctionnaires touchaient plus de 12 500 euros net par mois, en 2012. Une bonne part d’entre eux provient du ministère des Finances et des Affaires étrangères. L’ambassadeur de France le mieux payé est celui d’Afghanistan (le poste est risqué) : 29 000 euros net.

Autre place en or, mais bien moins dangereuse, celle du gouverneur de la Banque de France qui perçoit « un revenu annuel total de 450 907 euros brut par an », selon Vincent Jauvert.

Parmi les autres chouchous de la République, on trouve l’énarque Florence Parly, notre actuelle ministre des Armées, qui, en tant que directrice générale de SNCF Voyageurs, a touché 30 496 euros net mensuels en 2016. Et c’est sans compter ses fructueux revenus complémentaires, engrangés via sa présence aux conseils d’administration de plusieurs sociétés privées.

De quoi rendre jaloux les 170 cadres de La Poste – des hauts fonctionnaires pour moitié –  qui touchent plus de 150 000 euros par an.

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La prime d’adieu de Dominique de Villepin

S’ils gagnent jusqu’à trois fois plus d’argent que le chef de l’État, les hauts fonctionnaires sont également cocoonés lorsqu’ils entendent faire valoir leurs droits à la retraite. Exemple avec les préfets retraités : depuis l’an 2000, 57 d’entre eux ont reçu ce grade moins d’un an avant leur départ à la retraite. Une nomination qui s’accompagne d’une augmentation du traitement et donc de la pension…

Alors que l’État a tout fait pour restreindre l’accès aux préretraites dans le privé, la fonction publique sait y recourir lorsqu’il s’agit de choyer son gratin avec l’argent du contribuable. Ce fut notamment le cas au Quai d’Orsay entre 2011 et 2013, où, selon Le Monde, certains cadres sup âgés de 58 à 62 ans ont pu quitter l’administration après avoir encaissé jusqu’à 100 000 euros de prime.

Et tout en conservant une partie de leur rémunération, « jusqu’à 4 500 ou 5 000 euros par mois pendant trois ans au maximum », selon le ministère des Affaires étrangères.

On a d’ailleurs vu le haut fonctionnaire et ci-devant Premier ministre Dominique de Villepin (il est aujourd’hui, à 64 ans, avocat d’affaires) revenir «travailler» une journée au Quai d’Orsay, du 30 septembre au 1er octobre 2013, après 20 ans d’absence de son ministère de rattachement, pour toucher une « indemnité exceptionnelle de départ » de 88 787,72 euros.

Et ce en plus de son traitement mensuel de 6 111,99 euros brut (bien au-delà du plafond officiel de 5 000 euros) et une « indemnité exceptionnelle » de 4 493,94 euros, rémunérations qu’il aurait touchée jusqu’en mars 2014, selon Marianne.

Alors, elle n’est pas belle la vie de haut fonctionnaire ?

 Jean-Baptiste Leon et Alexis Constant 

Les enfants gâtés de l'État

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  • Par reiller, le 14/03/18 à 17:19

    Les hauts personnages de EPICs ( SNCF, EDF,…) ne sont pas des fonctionnaires. Il y a donc plus d’agents de l’état fort bien payés que vous ne le dites.
    Ensuite comment parler de légalité pour des primes qui ne sont soumises à aucune contrainte légale? Le plus évident ce sont les hautes autorités indépendantes qui par définition échappent à tout contrôle du fait de leur acte de naissance.

    C’est un problème complexe, car comment refuser de payer ce qu’il demande à un sauveur venant du privé?? C’est une chose courante dans les entreprises privée, qui n’est pas sans poser des problèmes d’acceptabilité sociale, mais dans le privé celui qui ne fait pas le travail est remplacé. Dans les services de l’état rien de tel, et quand le haut personnage est sous statut impossibilité statutaire! C’est sans doute par ce coté qu’il faut prendre la réflexion.
    On peut commencer par le début
    Pourquoi aller chercher dehors ? N’y a t il en interne aucune promotion possible? Cela peut arriver ,mais c’est que l’organisme est gravement malade. Il y a un diagnostic à faire, non?
    S’il faut payer un sauveur externe, il y a ,en principe, une lettre de mission, des objectifs concrets à obtenir, etc…et des clauses de revoyure pour virer celui qui ne fait pas l’affaire.

    Et dans une démocratie tout ceci est fait sous et l’accord,du parlement, non?

    Par reiller, le 14/03/18 à 17:39

    Errata. dernière ligne « sous l’œil et avec l’accord du parlement. »

    Par Aurorea, le 15/03/18 à 03:26

    Les hauts fonctionnaires d’aujourd’hui sont devenu des mafieux des grandes écoles… car on peut parler ici de mafia qui enseigne comment s’ebrichir en toute légalité .. Je suis fille de haut fonctionnaire d’une autre époque. D’une époque où l’intégrité avait un sens. Il est temps de redonner ses lettres de noblesse au fonctionariat . Que l’on exige d’eux des résultats si l on ne peut virer tous ces malfrats

      Par reiller, le 15/03/18 à 10:28

      @ Aurorea.
      Cela m’embête que vous me disiez mafieux! Que les services de l’état soient découpés en corps aux mains des associations d’anciens, me signifie pas que les individus ont perdu tout sens du travail pour ne plus penser qu’à faire des sous.
      Vous faites référence à l’enseignement dispensé dans ces sommets de notre enseignement . Je ne sais ce qu’en disait votre père. J’affirme qu’en 1960 ,il suffisait d’y rentrer pour en sortir avec le beau diplôme, et trois belles années passées à Paris!
      Le vers qui détruit nos services est ailleurs, dans leur organisation même. Et si je conteste la manière dont ce président s’y prend , je lui reconnais la lucidité d’avoir compris une bonne part du problème (mais pas celle dont vous parlez!); et le courage de s’y coller avec des ministres qui n’ont pas été choisis que pour brasser du vent politique.
      Un dernier mot: vous croyez à la noblesse du fonctionnariat. Demandez vous si ce n’est pas une utopie d’un autre âge, d’avant que nos sociétés ne deviennent si complexes. Car enfin nous sommes les derniers à nous accrocher à ce statut, pourquoi? Des imbéciles les autres?

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