DETTE DE LA FRANCE

DETTE PAR HABITANT

Le 17/01/2013

Les contribuables et la Guerre du Mali

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« Trois buts de l'intervention au Mali : arrêter l'agression terroriste ; sécuriser Bamako ; restaurer l'intégrité territoriale malienne. » Ce tweet de l’Elysée définit clairement les objectifs de la guerre que la France mène en ce moment.

Mais derrière ces objectifs, chaque contribuable doit être conscient que la guerre est une dépense publique. En effet, pour mener une guerre, il ne suffit pas simplement d’avoir l’accord de l’ONU, une cause juste à défendre et le blanc-seing d’un parlement : il faut aussi et surtout en avoir les moyens. Cela veut dire que chaque centime employé dans cette guerre est payé par les contribuables.

Ainsi, lorsque François Hollande a « répondu à la demande d’aide du président du Mali appuyée par les pays africains de l’Ouest », comme il le dit, il fait bien plus que d’engager notre armée dans une guerre pour secourir un pays indépendant et souverain à la dérive : il substitue de fait le contribuable français au contribuable malien et donc l’Etat français à l’Etat malien… on sent que la pente est glissante… Combien tout cela coûtera-t-il d’autant plus que la France semble bien seule dans le Sahel.

Le budget du ministère de la Défense pour les opex (opérations extérieures) se montait en 2011 à 630 millions d’euros. Ce budget peut être très vite entamé en cas de conflit : dernier exemple en date, les trois mois de frappes aériennes contre la Libye en 2011 ont coûté environ 320 millions d’euros selon les chiffres officiels, soit la moitié du budget annuel. Et aucunes troupes n’avaient été engagées au sol.  Or, dans la Guerre du Mali, l’armée française engage 2500 hommes sur le terrain, appuyés par l’aviation. La nature même de toute guerre, qui repose sur l’incertitude, ne nous permet pas d’anticiper combien de temps durera cet engagement. Il semble cependant probable que le budget annuel sera largement dépassé et que le milliard d’euros pourrait être atteint rapidement. Dans ce cas, le surcoût des opérations militaires sera pris sur un fonds de prévention interministériel : les autres ministères seront sollicités pour mettre à disposition une partie de leur budget pour financer la guerre.

Pour essayer de comprendre ce que pourrait être les conséquences économiques d’un conflit de ce genre, nous avons l’exemple, toutes proportions gardées, des interventions américaines en Afghanistan et en Iraq de ce début de siècle. Selon un rapport de 2010, elles ont couté plus de 860 milliards d’euros aux contribuables américains depuis novembre 2001, date de l’intervention de l’Afghanistan. Cette dépense, de 86 milliard d’euros par an, n’était pas prévue : à l’origine la guerre en Afghanistan devait être rapide, de même que l’intervention de l’Iraq ne devait pas se solder par 10 années d’occupation du pays. Cela tient au fait qu’un conflit est toujours imprévisible, on sait quand on s’engage, mais personne ne peut augurer de sa fin… et de son coût. Cette dépense publique a clairement appauvri les Etats-Unis et a constitué un élément aggravant dans le démarrage, en 2008, de la crise financière mondiale.

Dans le même ordre d’idée, la Guerre du Mali a débuté le 11 janvier, mais personne ne sait quand elle finira et si une occupation suivra. Toujours est-il qu’elle coute de l’argent et que la note devra être payée d’une manière ou d’une autre par les contribuables français quelles qu’en soient les conséquences. La question est donc la suivante : un pays comme la France, endetté, en quasi récession économique, perdant son élite entrepreneuriale, augmentant la pression fiscale sur les contribuables, peut-il se permettre d’engager son armée dans un conflit dont le coût et la durée sont imprévisible ? Le Premier Ministre Jean-Marc Ayrault ne cessait de parler de maîtrise des dépenses publiques : il semble certain, maintenant, qu’il échouera. C’est aussi cela, la réalité de la guerre.

 

Sylvain CHARAT

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