Pourquoi tant de chômeurs en France ?

Publié le 08/02/2011

Chômage conjoncturel lié à la crise ? Non : chômage structurel

De mars 2008 à décembre 2010, le nombre de chômeurs a augmenté de 740.000. Après une timide embellie en octobre dernier, le chômage est reparti à la hausse, et l’on frise maintenant la barre des 10% de la population active.

Les chômeurs de catégorie A (ceux qui n’ont pas travaillé du tout pendant le mois de décembre sont au nombre de 2.725.000, en hausse de 1% par rapport à novembre, et si l’on y ajoute ceux de catégories B et C (ceux qui ont travaillé tant soit peu au cours du mois mais sont inscrits au chômage) le chiffre est de 4.700.000, en hausse de 0,8% par rapport à Novembre.

Plus inquiétant encore : les chômeurs de plus de 50 ans sont désormais pléthore : 523.000 (catégorie A) et 757.000 (catégories A, B et C), en augmentation de plus de 1% par rapport au mois précédent. D’autre part, le chômage de jeunes, qui a diminué sur l’ensemble de l’année de 5%, est reparti à la hausse de 1,1%.

1.523.400 demandeurs d’emploi étaient inscrits à Pôle emploi depuis plus d’un an fin 2010, contre moins de 1 million avant mars 2008. Rien que l’an dernier, leur nombre a progressé de 250.000.

Tous ces méchants chiffres sont tombés mardi dernier, et ils démentent l’optimisme affiché depuis des semaines par le gouvernement, qui proclame que nous sortons de la crise et que l’emploi va redémarrer. On ne sait en fait si on est sorti de crise, mais il est évident que ce n’est pas la seule conjoncture qui explique la nouvelle poussée du chômage. D’ailleurs la situation de l’emploi est bien plus favorable aujourd’hui en Allemagne (redescendue à 7,5%) et chez certains de nos partenaires européens comme les Pays Bas (4,5%).

En réalité, dès avant la crise, le taux de chômage français était supérieur au moins sur deux points à celui de la plupart de nos voisins : chômage des jeunes, et chômage de longue durée.

Le gouvernement n’a jamais attaqué le chômage à sa racine. Il s’est contenté de pratiquer le « traitement social du chômage » qui consiste à dégraisser les statistiques en créant des milliers d’emplois « aidés ». En décembre dernier, ils étaient 352.100, en hausse de près de 20 % sur un an. Ils n’étaient que 225.100 avant la crise. Ces emplois aidés ne débouchent que très rarement sur un contrat de travail à durée déterminée, et encore moins indéterminée.

Dans un rapport daté de 1997 intitulé « le Chômage, un scandale public », mais toujours d’actualité hélas, l’ALEPS avait tiré les conclusions d’un colloque tenu à Paris, avec des économistes qui dans leurs pays respectifs (Etats Unis, Suède, Angleterre) avaient vaincu le fléau du chômage. Parmi eux Gary Becker, prix Nobel, et Arthur Laffer, inspirateur de la réforme fiscale de Reagan dans les années 1980. Les conclusions étaient nettes :

  • Le marché du travail est faussé par le salaire minimum, qui subventionne le travail non qualifié, le plus exposé au chômage parce que très abondant dans le monde entier.
  • Le marché du travail est bloqué par les réglementations concernant l’embauche et le licenciement, et la durée du contrat.
  • Les entreprises sont freinées dans la création d’emplois par le poids des charges sociales et la fiscalité qui diminue la rentabilité et pénalise la croissance.
  • Les dépenses publiques épongent une grande partie de l’épargne disponible et les investisseurs se trouvent sans moyens financiers pour se développer et créer des emplois.

Quelle est la réforme qui depuis lors aurait mis fin à ces anomalies ? Les Allemands ont assoupli le droit du travail avec les lois Hertz. La progressivité de l’impôt, les taxes sur l’entreprise et les profits, ont été allégées en Scandinavie, au Danemark et aux Pays Bas. Les dépenses publiques ont été stabilisées dans la moitié des pays de l’Union Européenne, et aujourd’hui les Anglais font des coupes sombres dans le budget de l’Etat. Rien de tout cela ne s’est fait en France, au contraire chaque loi accroît les contraintes sur les entreprises et accentue la rigidité des relations sociales. Nous pouvons donc nous attendre à un maintien du chômage à un très haut niveau. La barre des 10% de chômeurs sera largement dépassée en 2011 si rien ne change.

Article extrait du site libres.org