L’état racle les fonds de tiroir

Publié le 28/11/2007

Certaines petites informations en disent plus qu’une longue démonstration. Le conseil d’administration d’Edf vient de se réunir à l’occasion de la publication des résultats du troisième trimestre et annonce qu’il a voté le versement d’un « acompte » sur dividende de 0,58 euro par action au titre de l’année 2007. Cet acompte sera versé au 30 novembre 2007. Apparemment, quoi de plus banal, si ce n’est qu’il s’agit d’une pratique rarissime (seules six entreprises du CAC 40 le font).

Mais au fait quel est l’heureux bénéficiaire de ce dividende anticipé ? L’actionnaire quasi-exclusif d’EDF (87% du capital), c’est à dire l’Etat ! Voilà qui tombe bien. Il faut dire que, contrairement à toutes les annonces officielles, l’exécution du budget 2007 s’avère catastrophique. Les dépenses se révèlent plus élevées que prévu et les recettes fiscales ne sont pas au rendez-vous, ce qui est logique, compte tenu de la faible croissance (moins de croissance, c’est par exemple moins de TVA).

0,58 euros par action, cela représente tout de même un milliard d’euros pour l’Etat. Titre de notre confrère Les Echos : « En difficultés budgétaires, l’Etat exige d’Edf une avance d’un milliard ». Surtitre : «  A la recherche de recettes pour tenir son budget, Bercy vient de demander à EDF de lui verser dès maintenant la moitié des dividendes escomptés au titre des résultats 2007. Les syndicats dénoncent un Etat qui se sert dans la caisse ». Nous sommes rarement d’accord avec les syndicats, qui sont mal placés en matière de financement et de rigueur pour critiquer l’Etat, mais pour une fois, reconnaissons qu’ils ont raison.

M. FILLON avait utilisé en septembre une formule très juste, parlant d’un « Etat en faillite » ; voilà qui confirme cette analyse. On racle vraiment les fonds de tiroir. Même Bercy reconnaît selon Les Echos que cela va « aider à l’exécution du budget ». Il est vrai qu’on apprenait le même jour que le déficit du budget général venait de se creuser encore en septembre (dernier résultat connu), à 51,71 milliards contre 42 milliards un an plus tôt. Après cela, il est difficile de parler de rigueur budgétaire. Les rentrées fiscales sur neuf mois étant en dessous des prévisions, il faut bien trouver de l’argent ailleurs.

Cela promet pour le budget 2008, qui sera encore plus difficile à boucler. Bruxelles avait fermé les yeux sur les approximations comptables de Paris, (dépenses différées, recettes anticipées, etc.), mais l’exception française devient un peu trop voyante. Tandis que de plus en plus de nos partenaires européens accumulent des excédents budgétaires, faut-il avoir la cruauté de rappeler que le dernier budget français en équilibre date de 1974 : 34 ans de faillite !

article extrait du site libres.org