Enquête sur les privilégiés de la République : Les trésoriers-payeurs généraux… assis sur un tas d’or

Publié le 16/05/2007

Un des moyens les plus efficaces pour achever en beauté son parcours de préfet consiste à être nommé TPG (trésorier-payeur général), par le président de la République.

Sur les 110 TPG, une petite quinzaine vient de la préfectorale, les autres des finances, notamment de la direction de la Comptabilité publique, service chargé de faire entrer les impôts dans les caisses de l’État. TPG. Ces trois petites lettres magiques restent synonymes de secret dans l’administration. À un point tel que le TPG de La Rochelle, président du puissant syndicat FO de ce corps (quatre TPG seulement n’ont pas adhéré en 2001 à cette organisation), a refusé de nous rencontrer. Régulièrement, FO se bat pour que, sur les dix postes de TPG libérés chaque année, cinq soient mis à la disposition du directeur de la Comptabilité publique, qui peut ainsi récompenser ses meilleurs cadres. Pas étonnant que ce syndicat y soit majoritaire. Que faire des cinq postes restants ? Trois sont attribués au patron de Bercy, le ministre des Finances. Cela lui permet de faire monter en grade une partie de son armée de sous-directeurs qui ne deviendront jamais directeurs, faute de postes disponibles. Enfin, les deux derniers postes de TPG vont à des préfets qui n’ont pas démérité mais que l’on cherche à écarter de la carrière au moyen d’un savant et subtil jeu de chaises musicales.

Dans un département, le TPG arrive derrière le préfet sur le plan du protocole, mais devant lui quant à la question relative au pouvoir financier. Pour le grand public, ce fonctionnaire mystérieux est assis sur un tas d’or. De fait, dans chaque département, c’est bien lui qui tient les cordons de la bourse de l’État ; côté recettes comme côté dépenses. Les postes les plus recherchés: ceux de TPG ou agent comptable des Hauts-de-Seine et de Nouméa, et de Paris paierie centrale, rue Croix-des-Petits-Champs. C’est ce dernier qui vire chaque mois les traitements de 130 000 fonctionnaires parisiens. Il peut ainsi comparer de nombreux salaires avec le sien qui s’élève à 16 666 euros net, par mois. (…) À ces traitements plus que confortables, il faut ajouter un logement de fonction somptueux et une voiture de grand standing avec chauffeur.

Ces TPG sont les héritiers des « trésoriers-payeurs des généralités » de l’Ancien Régime, ces super-comptables privés qui géraient l’argent de l’État dans chaque région. (…) Aujourd’hui, sous une forme différente, les TPG conservent ce privilège du temps de la royauté. Les produits de la collecte de l’épargne y tiennent une part appréciable. Pour surpayer les TPG, l’État leur alloue des « indemnités pour risques corporels et indemnités représentatives de frais réels ». En fait, ces rémunérations sont placées hors plafond de cumul et bénéficient d’une exonération fiscale totale. Joli tour de passe-passe. « Le TPG est rémunéré d’une façon si compliquée que personne n’y comprend grand-chose, avoue Claudius Brosse, ancien TPG à Vannes et Laon, même pas celui qui entre dans le corps. »