La recherche française publique n’est pas pauvre, elle est mal gérée

Publié le 30/01/2007

Voilà qui va à l’encontre des manifestations des chercheurs du CNRS ou de l’université (collectif « Sauvons la recherche »). Les choses sont désormais claires –et officielles-. « La France est l’un des pays développés où la dépense publique de recherche est la plus élevée ramenée au PIB ». Oui, mais voilà le problème : [...]

Voilà qui va à l’encontre des manifestations des chercheurs du CNRS ou de l’université (collectif « Sauvons la recherche »). Les choses sont désormais claires –et officielles-. « La France est l’un des pays développés où la dépense publique de recherche est la plus élevée ramenée au PIB ». Oui, mais voilà le problème : « Cet effort ne se concrétise pas économiquement. Les entreprises profitent très insuffisamment des travaux des chercheurs, comparés aux autres pays étrangers ». Il est donc inutile que l’Etat dépense plus dans la recherche publique ou y investisse plus.

La recherche française souffre d’une mauvaise organisation et d’une mauvaise gestion. Elle est divisée entre l’université et le CNRS. Et l’essentiel des moyens va au CNRS, alors que la recherche devrait se faire comme partout dans le monde à l’université. La qualité de la recherche n’est pas prise en compte dans l’attribution des fonds. Et le CNRS est une survivance du passé qui n’avait d’équivalent que dans le système soviétique : une telle bureaucratie ne peut qu’être inefficace, surtout lorsque, pour des raisons idéologiques, elle se coupe des entreprises.

Les projets sont systématiquement reconduits, du seul fait qu’ils existent (et, pouvons-nous ajouter, par le biais des lobbies syndicaux). La valorisation de la recherche est presque ignorée et ne progresse pas. Et ce n’est pas un think tank libéral qui affirme tout cela, mais un inspecteur général des finances et un ancien directeur adjoint du cabinet de Claude ALLEGRE : pas vraiment des ultralibéraux. Ils ont simplement comparé la situation française à celle des grands pays occidentaux, des Etats-Unis au Japon en passant par le Royaume-Uni ou l’Allemagne.

Le constat est très pessimiste. Toutes les politiques mises en place n’ont servi à rien et les entreprises n’ont pas profité le moins du monde de cette recherche publique. Les dépenses ont augmenté, les intermédiaires ont été multipliés, sans résultat. Le nombre de brevets déposés par million de dollars dépensé en recherche est de 0,04, contre 0,19 aux USA. Et les revenus de la propriété intellectuelle liés à la recherche publique sont quasi-inexistants.

Bien entendu, comme toujours dans ce type de rapports publics, si le diagnostic est bon, les propositions ne sont pas à la hauteur. Même s’il y a de bonnes pistes, comme accroître l’autonomie des universités et intéresser financièrement les chercheurs aux résultats de la valorisation, ou encore supprimer les structures d’interfaces inutiles. Mais l’essentiel n’est pas là : il faudrait fermer le CNRS, rattacher la recherche aux seules universités et privatiser l’ensemble, ou tout au moins mettre les universités en concurrence. Mais les rapporteurs ont au moins entrepris une démarche de vérité, répondant ainsi aux mensonges syndicaux : ce n’est déjà pas mal.

tribune extraite du site libres.org