Dette : Halte aux idées reçues !

Publié le 15/09/2006

Le 25 juillet, le Figaro publiait un article de l’économiste Alain Cohen intitulé « Eloge de la dette, ce péché qui arrange tout le monde ». Marc de Scitivaux, directeur des Cahiers Verts de l’Economie, lui répond.

Ce qu’affirmait Alain Cohen :

- La dette des pays européens est sensiblement au même niveau que celles des États-Unis (63% du PIB).

- Nous ne rembourserons probablement jamais cette dette.

- La dette n’est pas un mal en soi. Elle permet d’investir, notamment d’effectuer des dépenses de nature à soutenir la croissance. Ce dont tout le monde profite, nous et nos enfants.

- La dette n’est donc pas une catastrophe pour nos enfants. « C’est plus la nature des dépenses publiques que la réduction de la dette qui devrait occuper nos esprits. »

La réponse de Marc de Scitivaux :

La France, affirme Alain Cohen, a un niveau de dette « proche de la moyenne des pays de l’Union européenne et des États-Unis (63%)».

Faux! C’est une erreur très courante. On mélange dette émise et plafond de la dette. Les Américains n’ont pas la même méthode de calcul que nous. Le budget américain inclut la social security, c’est-à-dire la partie publique des retraites qu’ils auront à payer. Le « plafond de la dette » représente la totalité des engagements de l’État fédéral actuels et futurs sans intégrer les versements des bénéficiaires d’ici la date de leur retraite. Si vous appliquiez ce mode de calcul en France, notre dette ne serait plus à 67 % du PIB mais au moins à 150 %! En revanche, la dette américaine émise calculée selon les critères français ou européens, s’élève aujourd’hui à 37,7 %. C’est d’ailleurs ce montant qui apparaît dans les documents officiels du Congressional Budget Office.

Alain Cohen estime que la dette n’est pas insupportable dans la mesure où les investissements réalisés grâce à elle nous profitent et profiteront à nos enfants.

Le problème, c’est que les investissements publics représentent une part décroissante des dépenses publiques sous l’effet de l’augmentation des coûts de fonctionnement de l’État. Et pour les années futures les versements liés aux paiements des retraites des fonctionnaires vont fortement augmenter, compte tenu de l’accroissement passé du nombre de fonctionnaires. Pendant ce qu’on a appelé les Trente Glorieuses, le problème a été réglé en dépouillant l’épargnant. Celui-ci, bloqué à l’intérieur des frontières par le contrôle des changes, souscrivait à une dette publique remboursée en monnaie de singe puisque le pouvoir d’achat était très fortement rogné par les dévaluations et l’inflation. Aujourd’hui avec l’euro et la liberté de circulation des capitaux, ce n’est plus possible.

Nous ne rembourserons probablement jamais cette dette, affirme l’article.

Sur ce plan il a raison. Il y a deux solutions. Soit on décidera un moratoire, c’est-à-dire qu’on ne paiera pas. Soit on réutilisera les vieilles recettes: dévaluation et inflation ce qui implique une sortie de l’euro… La seule méthode « saine » serait de renouer avec la croissance, mais pour cela il faudrait retenir et même attirer capitaux et entrepreneurs. C’est-à-dire mener une politique « libérale ». Pouah, quelle horreur !
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Article extrait du Cri du Contibuable numéro 15