Taxe locale sur l’électricité : Les clients d’EDF peuvent exiger le remboursement du trop-perçu sur la TVA

Publié le 20/04/2006

EDF, remboursez ! Non seulement l’entreprise publique perçoit une taxe sur l’électricité au profit des communes et des départements, mais, depuis plus de sept ans, elle facture sur cette taxe une TVA abusive! Un lièvre de belle taille, levé par un membre de Contribuables Associés.

Suivant le code Général des Impôts, la TVA sur la Taxe Locale sur l’Electricité appliquée à l’abonnement doit être au taux de 5,5 % et non à 19,6 %. C’est donc en toute illégalité qu’EDF applique ce second taux depuis 1999.
« Tout le monde connaît les impôts directs locaux : taxe d’habitation, taxe foncière sur les propriétés bâties et non bâties, taxe d’enlèvement des ordures ménagères et taxe professionnelle. Mais tout le monde oublie le sixième impôt local: la taxe locale sur l’électricité », explique Claude Jaillet, expert-comptable retraité devenu spécialiste de la fiscalité locale.
Créé en 1926, ce prélèvement obligatoire est opéré sur la facture d’électricité, au bénéfice des communes et départements, d’une façon anodine. Tout est fait pour que les contribuables ponctionnés ne s’aperçoivent de rien. Pour autant, la taxe n’est pas insignifiante: « Il suffit d’analyser votre facture EDF pour mesurer la pression fiscale locale sur votre dépense d’électricité », poursuit Claude Jaillet. « Les conditions de vente d’EDF mentionnent le taux de cet impôt indirect. Pour les communes, le taux est de 4 %, avec un maximum de 8 %. Pour les départements, de 2 % avec un maximum de 4 %.
Soit un total de 12 % (13,20 % à Paris), qui s’applique sur la base de 80 % du montant total hors taxes des factures, autrement dit sur la consommation et l’abonnement. »

Une taxe sur la taxe

Pour le client d’EDF, le surcoût représente, selon les calculs de Claude Jaillet, entre 1,39 et 3,16 euros par an, selon le type d’abonnement souscrit. Ces sommes devraient théoriquement servir à financer les opérations de renforcement et de développement des réseaux électriques. Or ces réseaux sont la propriété des communes, pas des départements. Pourquoi, ceux-ci, perçoivent-ils la taxe ?
En réalité, ces dépenses mobilisent à peine 30 % du produit de l’impôt. Le reste des prélèvements est affecté aux dépenses de fonctionnement des collectivités locales.

Autre anomalie, le personnel des industries électriques et gazières est exonéré de cette taxe, ce qui constitue un cas flagrant de discrimination fiscale et déroge au principe de l’égalité des citoyens devant l’impôt.

Mais les irrégularités ne s’arrêtent pas là. Claude Jaillet s’est avisé que cette taxe locale sur l’électricité (TLE) est soumise depuis 1991 à la TVA, ou plus exactement à deux TVA différentes : l’une, sur l’abonnement (TLE-abonnement), devrait être appliquée au taux de 5,5 %; l’autre, sur la consommation (TLE-consommation), à 19,6 %. Or, dans les faits, abonnement et consommation sont tous deux taxés à 19,6 %…
Etonné par cette erreur, Claude Jaillet se renseigne auprès de la Direction de la législation fiscale, qui lui répond en octobre 2005 que le seul taux légal est celui de 5,5 %.
Par deux fois, en novembre et en décembre 2005, Claude Jaillet écrit au PDG d’EDF, Pierre Gadonneix, et au ministre du Budget, Jean-François Copé, pour leur demander que le trop-perçu de la taxe, soit 14,10 %, soit remboursé « à tous les abonnés particuliers ou ménages uniquement, car ces abonnés sont les seuls qui n’ont pas récupéré la TVA ». EDF se garde de réagir.

280 millions de trop-perçu

Et pour cause ! Si les sommes abusivement prélevées sur les factures ne pèsent pas lourd pour chaque client-contribuable, elles représentent une somme considérable lorsqu’on les multiplie par les 27 millions d’abonnés concernés: pas moins de 40 millions d’euros chaque année, soit quelque 280 millions depuis 1999, année où la TVA sur la TLE sur l’abonnement a été modifiée.

Le ministre, pour sa part, a d’abord temporisé: « Afin de répondre à votre attente, écrit-il, j’ai prescrit un examen attentif de votre requête et demandé à ce que vous soyez tenu informé des suites qui pourront lui être réservées. »
Une variante administrativement polie du trop fameux: « On vous écrira… »

Cette fois, cependant, Bercy a tenu sa promesse. En octobre 2005, la direction générale des impôts a reconnu le bien-fondé de la réclamation de Claude Jaillet. Le ministre de l’Economie lui-même est intervenu dans le même sens, en demandant à EDF d’assumer les conséquences de l’erreur commise.

Entrant à son tour dans la querelle, le sénateur mosellan Jean-Louis Masson a adressé, le 9 mars dernier, au Sénat, une question écrite à Thierry Breton, lui demandant « comment il est envisagé qu’EDF et les régies locales de distribution d’électricité procèdent pour rembourser le trop-perçu aux consommateurs ». Peu pressée de payer, l’entreprise publique continue cependant de faire la sourde oreille.

Article extrait du Cri du Contribuable numéro 11