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Où vont vos impôts ? Enquête sur le reclassement des anciens ministres

Tous les Français ne sont pas égaux devant le chômage. Qu’ils soient compétents ou non les anciens ministres sont assurés d’être reclassés à l’issu de leur participation au gouvernement. Nous avons enquêté sur le devenir des membres des équipes Raffarin.

On connaissait les filières classiques de reclassement des hommes et femmes politiques battus aux élections ou écartés du gouvernement: retour dans son corps d’origine pour les fonctionnaires, nomination au Conseil d’État au tour extérieur ou au Conseil économique et social, direction d’entreprises publiques… Voici désormais venu le temps des officines créées sur mesure et des missions aux intérêts obscurs destinées à permettre à certains anciens ministres et secrétaires d’État de préparer sereinement leur retour au Parlement. Nombre de membres des gouvernements Raffarin successifs entre 2002 et 2005 ont allégrement profité de ces avantages.

Conseil économique et social

Revenons tout de même d’abord sur les grands classiques de la reconversion politique. A commencer par le Conseil économique et social. Une bonne place: les conseillers économiques et sociaux sont nommés pour cinq ans avec un confortable traitement de 2800 euros par mois (il augmente en cas de second mandat). Début 2004, Jacques Chirac a ainsi nommé au palais de l’avenue d’Iéna, sur son contingent de « personnalités qualifiées » l’ancien ministre de la Culture (2002-2004) Jean-Jacques Aillagon, et l’ancien ministre de l’Éducation nationale (durant la même période), Luc Ferry. François Mitterrand, on s’en souvient, n’avait pas hésité à y nommer le populiste Pierre Poujade ou le royaliste
Bertrand Renouvin. Aillagon et Ferry, quand ils y siègent, peuvent y croiser le moins reluisant Fodé Sylla, ancien président de SOS-Racisme, mis en cause dans une récente affaire de trafic de drogue (il a obtenu un non-lieu pour erreur de procédure). Jean-Jacques Aillagon a, par ailleurs, obtenu dès novembre 2004 la présidence de la chaîne de télévision TV5 Monde.

Conseil d’État

Voici ensuite le Conseil d’État, la plus haute juridiction administrative de l’État, logée au Palais Royal. Concédons que son rôle est plus réel que celui du Conseil économique et social. La majorité de ses membres a intégré ce corps à la sortie de l’ENA. Mais le président de la République peut nommer des membres « au tour extérieur ». Avec à la clef un salaire mensuel minimum de 4 300 euros. C’est de cette aubaine qu’ont profité Dominique Versini, ancien secrétaire d’État à la Lutte contre la précarité et l’exclusion (2002-2004) et par ailleurs conseiller régional d’Ile-de-France (environ 2500 euros par mois), et Michel Barnier, ancien ministre des Affaires étrangères (2004-2005).

Sièges vacants

Certains ministres ont pu récupérer un poste vacant dans la haute administration. Ainsi, Jean-Paul Delevoye, ministre de la Fonction publique entre 2002 et 2004, privé de tout mandat, a été nommé médiateur de la République. De même, Xavier Darcos, ministre délégué à l’Enseignement scolaire, puis ministre délégué à la Coopération, est devenu dès juin dernier ambassadeur, représentant permanent de la France auprès de l’OCDE. Il a par ailleurs été élu conseiller régional d’Aquitaine en 2004. Marie-Thérèse Boisseau, ancienne secrétaire d’État aux Personnes handicapées (2002-2004), s’est (presque) logiquement retrouvée propulsée à la vice-présidence du Haut Conseil de la population et de la famille ainsi qu’à la Haute Autorité de lutte contre les discriminations et pour l’égalité. Elle est par ailleurs conseillère régionale de Bretagne.

Création de postes

Pour ceux qui ne trouvaient chaussure à leur pied parmi les postes vacants ou les sinécures disponibles, il a bien fallu créer des postes, voire des « machins » où ils pourraient attendre les prochaines échéances électorales. Nicole Ameline, ancien ministre de la Parité (2002-2005), ne disposant plus d’aucun mandat électif, s’est retrouvée, il y a quelques mois, bombardée au Quai d’Orsay, comme ambassadrice chargée des questions sociales et de la parité dans les relations internationales, titre ronflant mais peu explicite.
Le benjamin du gouvernement Raffarin, Laurent Hénart, éphémère secrétaire d’État à l’Insertion des jeunes (2004-2005), a été nommé, en octobre 2005, président de l’Agence nationale des services à la personne, créé par Jean-Louis Borloo pour soi-disant coordonner le développement des services de proximité. Un sympathique cadeau quand on sait qu’Hénart a par ailleurs récupéré, à la faveur d’une élection partielle, son siège de député de Meurthe-et-Moselle, et qu’il s’attaque d’autre part aux entrepreneurs en réclamant au gouvernement Villepin un renforcement de l’inspection du travail. François d’Aubert, ancien ministre délégué à la Recherche (2002-2004), a été nommé en novembre 2005 haut représentant de la France dans le cadre du projet Iter de réacteur thermonucléaire international qui doit être implanté à Cadarache (Bouches-du-Rhône). Il a conservé son poste de maire de Laval. Secrétaire d’État à l’Agriculture durant le dernier gouvernement Raffarin (2004-2005), Nicolas Forissier ne disposait plus que de son siège de maire de La Châtre (Indre). Il a obtenu en novembre dernier la création d’un poste de délégué interministériel aux industries alimentaires et à l’agro-industrie à son profit. Luc Ferry, déjà cité, est devenu président du Conseil d’analyse de la société, doté d’un budget annuel de 150000 euros.
Quant à Francis Mer, ministre de l’Économie et des Finances de 2002 à 2004, Jacques Chirac lui avait confié à l’issue de ses fonctions ministérielles les rênes de la Fondation pour l’innovation politique, dont il a quitté la présidence l’an dernier. Il est administrateur de Rhodia, d’Alstom et de Framatome.

« Missions »

Enfin pour les plus difficiles à recaser, il y a les diverses et peu précises « missions », qui peuvent bien entendu se cumuler avec d’autres fonctions. Renaud Muselier, secrétaire d’État aux Affaires étrangères (2002-2005), s’est vu confier, toujours par le chef de l’État une mission des plus floue sur les Français à l’étranger. Il est par ailleurs toujours médecin, premier adjoint au maire de Marseille et conseiller régional de Provence-Alpes-Côte-D’azur. Secrétaire d’État aux Programmes immobiliers de la justice puis aux Droits des victimes (2004-2005), l’avocate Nicole Guedj a été missionnée, une fois de plus par Jacques Chirac, pour conduire une réflexion sur « le développement d’outils innovants favorisant la coordination et l’efficacité de l’action humanitaire » (sic). Ayant regagné son corps d’origine, l’inspection des Finances, après les déboires dus à son appartement de fonction, Hervé Gaymard s’est néanmoins vu chargé en décembre dernier, d’une mission de réflexion sur la présence de  la France dans les pays émergents.
En plus de sa nomination, déjà évoquée, au Conseil d’État, Michel Barnier s’est vu, pour sa part, confier par José Manuel Barroso, président de la Commission européenne, un rapport sur « l’amélioration des moyens européens de gestion des crises civiles dans les pays tiers.»
Voilà au moins une bonne nouvelle: le chômage touche peu nos hommes politiques! L’innovation n’est pas un vain mot pour nos dirigeants lorsqu’il s’agit de préparer ou d’assurer son avenir. On a souvent dit que l’une des premières qualités de Jacques Chirac était de ne pas oublier ses amis: notre enquête le prouve.
Qu’il nous soit néanmoins permis de penser que le fait de pouvoir vivre de la politique, c’est-à dire des impôts des contribuables, sans même désormais avoir à être élu, en dit long sur l’état de décomposition de nos institutions.
Quelle que soit l’efficacité ou l’irresponsabilité de certains, tout le monde ou presque est logé à la même enseigne : être recasé n’est plus une chance mais bien un droit acquis pour nos anciens ministres.

Atricle extrait du Cri du Contribuable 10, en vente chez votre marchand de journaux

4 commentaires pour “Où vont vos impôts ? Enquête sur le reclassement des anciens ministres”

  1. Si tout ça est vrai, il n’y a plus rien à attendre du gouvernement il continue son hypocrite gestion

  2. Bravo,
    Encore une fois, vous donnez la démonstration que nous sommes
    dirigés par une mafia politique; tous partis confondu.
    seule une révolution peut faire chavirer cette prétendu démocratie,
    qui ressemble fortement à une royauté déguisée en république.
    Souhaitons que les forces de renouvellement s’assemblent pour
    faire tomber cette « racaille de luxe ».
    Bashko

  3. Il serait également intéressant d’ajouter à ces nombreux moyens de reclassement (ou de diversification) les Instances européennes, diverses et variées :

    Jacques Barrot (ancien ministre notamment à la Santé de 1979 à 1981 et au Travail et affaires sociales de 1995 à 1997) a été désigné membre de la Commission européenne en avril 2004, en charge de la politique régionale.
    Il est actuellement Vice-président et Commissaire désigné aux transports au sein de la nouvelle Commission.

    Jean-Claude Trichet : 1978, Conseiller technique à l’Elysée, sous Valéry Giscard d’Estaing. 1986, Directeur de cabinet de Balladur aux Finances.
    1987, Directeur du Trésor. 1993, il devient gouverneur de la Banque de France. Rescapé du procès du Crédit Lyonnais au terme duquel il a finalement été relaxé, il est actuellement Président de la Banque centrale européenne.

    Jacques Delors, après une carrière à la Banque de France (1945-62), a été membre du Conseil économique et social, chef de service des affaires sociales au Commissariat général du plan, jusqu’en 1969, où il fut nommé Secrétaire général à la formation permanente et à la promotion sociale (1969-73). De mai 1981 à juillet 1984, Jacques Delors est Ministre de l’économie et des finances, tout en étant également élu maire de la ville de Clichy (1983-1984). Il a été nommé Président de la Commission Européenne en janvier 1985, il assura trois mandats, jusqu’en janvier 1995. Puis il présida une commission au sein de l’UNESCO.

    Édith Cresson = Ministre de l’Agriculture sous Mitterrand puis, quelques années après, le 15 mai 1991, accéde au poste de Premier ministre de la République française. Nommée à la Commission européenne en 1995, elle fut, quatre ans plus tard, à l’origine de la spectaculaire démission collective de cette instance, étant elle-même mise en cause et inculpée pour des affaires de corruption par la justice belge, qui abandonnera par la suite ses poursuites.

    Etc.
    Etc.
    Etc.

  4. Et tout ceci continue jusqu’au niveau de l’intercommunalité (nouvelle combinazionne)

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